Le MCU adore faire semblant de parler d’un film pour, en douce, en préparer trois autres. Avec Spider-Man: Brand New Day, Marvel ne se contente pas de relancer Peter Parker : le studio sème déjà les graines du cauchemar Jean Grey, version télékinésique, traumatisée et potentiellement prête à griller la galaxie.

À ce stade, on n’est plus dans le simple caméo ou la petite passerelle de service. Le long métrage, sorti en salles le 4 août 2026, installe Sadie Sink dans un rôle qui n’a rien d’un faire-valoir : Jean Grey, avant les X-Men, avant l’équipe, avant la grande mythologie mutante. Et surtout, pas en alliée docile. Le film la place au centre du conflit, avec une logique très Marvel Studios : prendre une figure déjà connue des lecteurs, la décaler, la charger de douleur, puis lui laisser assez de puissance pour faire trembler New York. C’est malin, un peu cruel, et franchement plus intéressant que le sempiternel « héros contre méchant cosmique » servi en boucle depuis des années. On sent bien que Marvel ne vend pas seulement un film, mais un futur Olympe mutant.

Le contexte industriel, lui, est limpide. Depuis la fin de la saga des Avengers version Infinity, le studio cherche son nouveau fer de lance. Les X-Men ont toujours été la poule aux œufs d’or rêvée, mais aussi un péché originel à gérer : comment réintroduire ces personnages sans repartir de zéro comme un reboot paresseux ? La réponse passe ici par la contamination progressive du récit principal. En juillet 2026, le même jour que la sortie du film, il a aussi été rapporté que Samara Weaving avait été choisie pour incarner Emma Frost dans un projet Marvel. Ajoutons à cela le regain d’intérêt autour de X-Men ’97 et on comprend la stratégie : remettre les mutants au centre sans attendre un grand discours d’expo. Marvel ne prépare pas une simple équipe, il prépare une nouvelle hiérarchie.

Jean Grey, ou l’art de faire monter la pression avant l’incendie

Le choix de faire de Jean Grey l’antagoniste principale de Spider-Man: Brand New Day n’a rien d’anodin. Dans le film, elle n’est pas seulement une jeune télépathe blessée : elle devient une force de destruction guidée par la douleur, prête à réduire des quartiers entiers en miettes pour sauver sa sœur Sara. Le scénario lui donne une motivation compréhensible, presque touchante, mais refuse de la blanchir. Et c’est là que ça devient intéressant : Marvel ne fabrique pas une vilaine de carton-pâte, il construit un personnage dont la violence naît d’un excès de puissance et d’un manque d’issue. Peter Parker doit la ramener à elle-même, pas la terrasser à coups de poing. Le film préfère la tragédie au simple pugilat, et ça change tout.

Affiche de Spider-Man : Brand New Day
Affiche de Spider-Man : Brand New Day

Cette approche fait écho à l’histoire même de Jean Grey dans les comics. La version la plus célèbre de sa chute, The Dark Phoenix Saga, publiée dans X-Men entre 1979 et 1980, sous la plume de Chris Claremont et le trait de John Byrne, reste l’un des grands sommets de la bande dessinée américaine. Jean y devient une entité quasi divine, puis une menace cosmique, jusqu’à l’autodestruction. Ce n’est pas juste une histoire de super-pouvoirs qui dérapent : c’est une méditation sur le désir, la corruption, l’identité et le prix de la toute-puissance. Le genre de matière que le cinéma a souvent mâchouillée sans la digérer. Le problème n’a jamais été Jean Grey ; le problème, c’est Hollywood qui veut la tragédie sans accepter le vertige.

Le phénix, ce sale oiseau qu’Hollywood n’arrive pas à cuire

On a déjà vu le cinéma se casser les dents sur cette matière. X2: X-Men United préparait le terrain avec une élégance certaine, X-Men: The Last Stand a tout précipité dans un chaos de studio, et Dark Phoenix en 2019 a fini par ressembler à une opération de rattrapage sous perfusion. À chaque fois, le même écueil : vouloir condenser une saga qui réclame de l’espace, du temps, des conséquences, bref une vraie respiration sérielle. Or Brand New Day semble avoir compris qu’on ne fait pas naître le Phénix en une seule scène de CGI. On le prépare, on le menace, on l’annonce à demi-mot. La bonne idée, ici, c’est de faire de Jean un incendie avant de lui donner une allumette.

Et puis il y a ce que le film dit du MCU lui-même. En montrant une Jean Grey déjà capable de suspendre des blocs entiers de population, de manipuler des corps comme des marionnettes et de faire vaciller l’équilibre d’une ville, Marvel rappelle qu’il sait encore produire du spectaculaire qui n’a pas honte de sa démesure. Le studio, souvent accusé d’aseptiser ses personnages, retrouve ici un peu de cette sauvagerie qui faisait la force des grands récits mutants : la peur de l’autre, la tentation du pouvoir, la frontière poreuse entre sauvetage et catastrophe. Si la suite assume vraiment cette pente, le MCU pourrait enfin offrir à Dark Phoenix autre chose qu’un costume en flammes et une fin bâclée. Ce n’est pas encore l’incendie, mais on voit très bien où se trouve l’odeur de brûlé.

Reste la question qui chatouille tout le monde au sortir de la séance : Marvel veut-il vraiment adapter The Dark Phoenix Saga, ou seulement en recycler les braises pour garder les mutants dans le viseur ? Avec ce genre de studio, on sait bien que la réponse tient souvent dans un plan post-générique, deux répliques sibyllines et un futur film déjà en train de se vendre tout seul. C’est agaçant, oui. Mais quand c’est aussi bien préparé, on ne va pas faire les difficiles. Pas tout de suite, en tout cas.

Bande-annonce VF de Spider-Man : Brand New Day

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