Après des semaines à regarder les Hightower faire du surplace avec l’aplomb d’un dragon en file d’attente, House of the Dragon saison 3 finit par lever le voile sur le vrai jeu d’Ormund. Et, surprise, ce n’était pas juste une histoire de camp qui campe.
Depuis ses débuts en 2022, le spin off de Game of Thrones a traîné cette réputation un peu pénible de série qui adore faire monter la pression avant de retarder l’explosion. La saison 1, diffusée à partir du 21 août 2022 sur HBO, installait la guerre civile des Targaryen avec une précision de chirurgien. La saison 2, lancée le 16 juin 2024, a prolongé le suspense jusqu’à l’exaspération de certains spectateurs, au point de laisser plusieurs séquences de bataille comme coupées au moment où elles allaient mordre. Résultat : la saison 3, arrivée en 2026, devait rattraper le coup. Et l’épisode 7, diffusé le 2 août 2026, fait enfin avancer le petit théâtre de la guerre avec un vrai sens du placement stratégique. On n’est plus dans l’attente molle, on est dans la manœuvre. Et ça change tout, parce qu’à Westeros, l’inaction est souvent juste une embuscade qui prend son temps.
Le vrai tour de force d’Ormund Hightower, c’est d’avoir transformé une armée qui semblait plantée là comme un décor en machine à retourner les loyautés.
Le château de cartes, version cyvasse
Jusqu’ici, Ormund donnait l’impression d’un chef de guerre coincé dans un couloir narratif : ses troupes à Tumbleton, ses ambitions pour Daeron, ses manigances à Port-Réal, et puis… rien. Sauf que l’épisode 7 rebat les cartes en révélant que son plan repose moins sur la force brute que sur la contamination politique. Il ne cherche pas seulement à gagner une bataille ; il cherche à pourrir le terrain de l’adversaire, à l’obliger à réagir de travers, à le pousser à brûler ce qu’il prétend protéger. C’est plus malin qu’un assaut frontal, et beaucoup plus cruel aussi.
Le cœur du dispositif tient en trois leviers : semer le désordre à Port-Réal pour fragiliser Rhaenyra, l’inciter à frapper Tumbleton et à se salir les mains avec ses propres captifs, puis utiliser Corlys Velaryon comme monnaie d’échange pour faire basculer Ulf. Dit comme ça, on dirait une partie de cyvasse jouée par des gens qui ont cessé de croire à la diplomatie depuis longtemps. Ormund ne cherche pas la gloire ; il cherche l’effet domino.
Ulf, le grain de sable qui fait dérailler la dynastie
Le plus intéressant, c’est évidemment le rôle d’Ulf. Dans la logique de la série, le dragonrider issu du peuple devient le point de rupture idéal : il incarne cette erreur de jugement de Rhaenyra, qui a sous-estimé les petites gens comme on sous-estime un incendie de cuisine avant de voir la maison partir en fumée. L’épisode 7 rappelle que la guerre des Targaryen ne se joue pas seulement entre grands noms, mais aussi dans les marges, les humiliés, les opportunistes, les gens qu’on pense pouvoir acheter ou manipuler sans conséquence. Mauvais calcul.

Tom Bennett trouve là un terrain parfait pour faire exister Ulf autrement que comme simple pion comique ou gêneur de service. Face à lui, Corlys Velaryon, incarné par Steve Toussaint, n’est pas juste un otage de luxe : il devient un levier symbolique, un titre vivant, une légitimité qu’on peut agiter sous le nez d’un homme en quête de reconnaissance. C’est là que House of the Dragon fonctionne le mieux : quand la série comprend que le pouvoir, dans cet univers, est moins une question de trône que de récit. Qui raconte la guerre ? Qui la finance ? Qui la trahit ? Qui en tire profit ? Le fer de lance, ici, c’est la manipulation des désirs.
Tumbleton, ou l’art de faire mijoter la catastrophe
Le cas Tumbleton est révélateur de la méthode de la série en saison 3. Depuis l’épisode 3 et le rebondissement autour du faux Daeron Targaryen, Ormund semblait avoir garé son intrigue dans un coin de la carte. En réalité, il préparait une attaque à retardement, une stratégie de saturation qui repose sur la fatigue, la confusion et l’orgueil de l’ennemi. Ce n’est pas le genre de plan qu’on applaudit dans un salon, mais dramatiquement, ça tient la route. Et surtout, ça redonne à la série ce qu’elle avait parfois perdu en route : le sentiment qu’un détail, même minuscule, peut faire basculer un royaume.
On sent aussi que la série assume davantage son héritage Game of Thrones quand elle accepte de faire de la politique une affaire de corps, de villes, de famines, de rumeurs et de prises d’otages. Pas juste des dragons qui crachent du feu pour le plaisir de cramer un budget, même si on sait bien que HBO n’a pas monté cette machine à fantasmes pour filmer des gens qui discutent au coin du feu pendant huit saisons. Là, Ormund devient enfin lisible parce qu’il agit comme un stratège de guerre civile, pas comme un figurant qui attend son heure. Il ne campe plus dans le décor : il l’empoisonne.
Le final arrive, et ça sent la braise
La fin de saison, désormais, n’a plus besoin d’inventer un choc de dernière minute. Tout est déjà en place pour que Rhaenyra morde à l’hameçon, ou au contraire tente de reprendre la main au prix d’une erreur encore plus sale. Et c’est bien là que la série retrouve son petit frisson sadique : on ne regarde plus seulement qui va gagner, on regarde comment chacun va se salir les mains avant la chute. La guerre des dragons n’a jamais été une histoire de noblesse, malgré les blasons et les couronnes. C’est une affaire de survie, de prestige et de trahison bien emballée.
Alors oui, il aura fallu patienter. Encore. Mais cette fois, l’attente n’a pas servi à faire du vide ; elle a servi à tendre le piège. Et quand un plan finit par apparaître, après avoir longtemps ressemblé à du flou, on pardonne presque à la série son goût du suspense étiré. Presque. À Westeros, même les silences ont des dents.
Bande-annonce VF de House of the Dragon
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




