Marvel a officialisé Black Panther 3 à San Diego, avec Ryan Coogler de retour et David Jonsson propulsé dans le costume du nouveau T’Challa. Sur le papier, c’est la promesse d’un événement ; dans les faits, c’est surtout un joli nœud gordien temporel que le studio va devoir trancher sans se couper la main.
On se souvient que Black Panther (2018), signé Ryan Coogler, avait rapporté plus de 1,3 milliard de dollars dans le monde et installé Wakanda comme l’un des rares royaumes du MCU à avoir une vraie densité politique, esthétique et émotionnelle. Puis Black Panther: Wakanda Forever (2022) a dû composer avec l’absence de Chadwick Boseman, mort en 2020, en déplaçant le centre de gravité du récit vers Shuri, tout en introduisant le fils de T’Challa. Depuis, Marvel traîne cette question comme une valise trop lourde : comment faire exister cet héritier sans transformer la saga en exercice de contorsion ? À San Diego Comic-Con, le studio a donc confirmé que Black Panther 3 sortira en salles le 15 décembre 2028, avec Coogler à la réalisation et David Jonsson, vu dans The Long Walk, dans le rôle du nouveau T’Challa. Sauf qu’il ne s’agit pas d’un remplacement de Chadwick Boseman, mais bien du fils du héros. Et là, on sent déjà le petit grincement dans les rouages. Le problème n’est pas seulement de casting ; il est d’horlogerie narrative.
Et c’est précisément là que Marvel va devoir faire ce qu’il fait le mieux quand il est acculé : plier le temps pour sauver sa mythologie.
Wakanda, le temps et la petite cuisine du multivers
Le détail qui coince, il est simple comme bonjour et vicieux comme un scénario de franchise : dans Wakanda Forever, le fils de T’Challa est encore un gamin. David Jonsson a 32 ans aujourd’hui et en aura 35 à la sortie du film. Entre les deux, il manque au bas mot une vingtaine d’années de croissance. On peut toujours imaginer un saut temporel, une ellipse massive, ou un bricolage cosmique à la sauce MCU, mais le studio ne peut pas juste faire semblant que personne n’a vu le décalage. On n’est pas dans une sitcom, tout de même.
La solution la plus probable passe par la logique du multivers, désormais en fin de cycle avec Avengers: Secret Wars, attendu comme le grand point de bascule de la saga. Kevin Feige l’a d’ailleurs dit sur le podcast Happy Sad Confused : « I look to the comics, as I always do, in terms of our storytelling. In both the Secret Wars – but particularly the [Jonathan] Hickman Secret Wars from 10 years ago – there’s a nice roadmap to where we can go. » (source : Happy Sad Confused). Autrement dit, Marvel regarde ses comics comme un plan de secours permanent, ce qui est à la fois sa force et son péché originel. Quand le récit coince, le multivers devient la roue de secours officielle.

Coogler au manche, Feige au gouvernail, Wakanda en vitrine
Le retour de Ryan Coogler change quand même la donne. Contrairement à tant d’opus de franchise fabriqués à la chaîne, Black Panther a toujours eu une signature : une mise en scène qui pense le pouvoir, le deuil, l’héritage, la transmission. Coogler n’est pas là pour empiler des effets numériques comme des caisses de bière après un match. Il sait que Wakanda n’existe pas seulement comme décor, mais comme idée politique, comme machine à fantasmes et comme laboratoire de succession. C’est précisément pour ça que l’annonce de David Jonsson intrigue : il ne s’agit pas seulement de passer le flambeau, mais de décider à quel âge, à quelle vitesse et dans quel monde ce flambeau brûle.
Le studio, lui, joue une partie plus large. Black Panther 3 ne sera pas un simple troisième volet : ce sera un test de solidité pour le MCU post-Secret Wars, un moment où Marvel devra prouver qu’il peut encore fabriquer de la continuité sans se contenter de recycler ses propres coutures. Et puis il y a cette rumeur de taille, relayée autour du projet : Denzel Washington pourrait faire ses débuts chez Marvel. Si cela se confirme, on ne sera plus seulement dans le retour de Wakanda, mais dans une véritable affiche de gala, avec ce que le studio sait faire de mieux quand il veut vendre un événement : aligner les têtes d’affiche et faire croire que tout cela a été prévu depuis le début. Le problème, c’est que le public, lui, a de la mémoire.
Un héritier trop vieux, un empire trop jeune
Au fond, ce qui rend ce Black Panther 3 si intéressant, c’est qu’il raconte déjà quelque chose de Marvel avant même d’exister : la difficulté d’un empire à gérer ses propres morts, ses propres retours et ses propres héritiers. Chadwick Boseman a laissé un vide qu’aucun effet spécial ne peut combler, et le studio tente manifestement d’inventer une voie médiane entre fidélité, relance et survie commerciale. C’est élégant sur le papier, moins sur le calendrier. Mais c’est aussi ce qui peut rendre le film passionnant : si Coogler s’empare de ce décalage au lieu de le maquiller, on pourrait avoir un blockbuster qui parle de filiation, de mémoire et de temps qui passe au lieu de juste courir après le prochain crossover. Pas mal, pour une machine à 200 millions de dollars qui adore faire semblant d’être spontanée.
Reste à voir si Marvel choisira la solution la plus propre, la plus spectaculaire ou la plus tordue. Avec ce studio, on sait bien que la réponse tient souvent dans un mélange des trois. Et quelque part, c’est peut-être ça, le vrai suspense de Black Panther 3 : non pas savoir qui portera le masque, mais à quel prix le masque acceptera de tenir debout. Wakanda n’a pas seulement besoin d’un roi ; elle a besoin d’un alibi temporel.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




