Le studio français STIM, crédité sur The Wild Robot, The Garfield Movie et Coyote vs. Acme, ne se contente plus de faire briller les pixels des autres : il plante désormais son drapeau à Tenerife. Avec une ouverture annoncée en août et plus de 100 emplois à la clé, l’affaire raconte bien plus qu’un simple déménagement de bureaux.
Pour comprendre ce mouvement, il faut regarder au-delà du vernis “expansion internationale”, cette formule que les communiqués aiment tant qu’ils en oublient presque de respirer. STIM, société française spécialisée dans l’animation et les effets visuels, s’installe aux Canaries au moment où l’industrie mondiale du cinéma et de l’animation continue de redistribuer ses cartes entre studios historiques, pôles de production à coûts compétitifs et territoires qui veulent attirer les tournages comme on attire les moustiques en été : avec de la lumière, du sucre et quelques promesses fiscales bien senties. Les Canaries, avec leur régime économique spécifique, se sont déjà taillé une place dans cette bataille de l’attractivité. Et STIM vient clairement y chercher un terrain de jeu plus vaste, plus souple, plus stratégique. En clair, le studio ne part pas en villégiature : il va chercher du volume, du souffle et un meilleur angle d’attaque.
Le choix de Tenerife n’a rien d’anodin. L’île s’est imposée ces dernières années comme un point d’ancrage pour des productions internationales qui veulent conjuguer savoir-faire technique, coûts maîtrisés et accès à un vivier de talents local. Dans le cinéma d’animation et le VFX, la géographie compte presque autant que le pipeline : il faut des équipes, des délais tenables, des infrastructures solides et une capacité à absorber les pics de production sans faire exploser le budget. STIM semble avoir compris la musique. Et dans un secteur où les cadences peuvent broyer les équipes autant que les rendus, ouvrir un centre supplémentaire, c’est aussi une manière de sécuriser sa place dans la chaîne de fabrication. Le VFX, c’est souvent de la magie vue de loin ; de près, c’est surtout de l’organisation, des nerfs et des tableurs.
Des pixels, des emplois et un petit parfum de conquête
Le chiffre le plus parlant, ici, c’est celui des emplois : plus de 100 postes annoncés. Ce n’est pas rien, surtout dans une industrie où les studios jonglent en permanence entre sous-traitance, montée en charge et instabilité des commandes. STIM ne débarque donc pas seulement avec un logo et une carte de visite, mais avec une promesse d’implantation durable. On parle d’un centre de production, pas d’un bureau satellite décoratif où l’on installe deux Mac et une machine à café pour faire illusion. Le studio veut visiblement inscrire Tenerife dans sa chaîne de fabrication européenne, ce qui dit beaucoup de la manière dont les sociétés de VFX pensent désormais leur croissance : par grappes, par relais, par maillage. Le cinéma numérique adore les effets spectaculaires ; les comptables, eux, préfèrent les effets d’échelle.

Cette décision éclaire aussi la trajectoire de STIM. En travaillant sur des titres comme The Wild Robot, adaptation animée produite par DreamWorks et sortie en 2024, le studio s’est déjà frotté à des productions de premier plan, où la finition visuelle n’a rien d’un supplément d’âme mais d’un argument de vente. Même logique avec The Garfield Movie et Coyote vs. Acme, deux projets qui rappellent à quel point les studios de VFX naviguent entre franchises patrimoniales, animation grand public et projets longtemps ballotés par les aléas industriels. STIM se positionne donc là où se fabriquent les images les plus rentables du moment : celles qui doivent être assez lisses pour séduire le box office, assez précises pour tenir la route en postproduction, et assez flexibles pour voyager d’un territoire à l’autre sans perdre en qualité. Dans cette industrie, l’atelier qui sait bouger vite finit souvent par rafler la mise.
Les Canaries, ce faux décor qui coûte moins cher que le vrai
Les îles Canaries jouent depuis plusieurs années la carte du cinéma comme d’autres jouent la carte du tourisme : avec une conscience aiguë de leur pouvoir d’attraction. Pour les productions, l’archipel offre un environnement fiscal et logistique qui peut faire pencher la balance face à d’autres hubs européens. Pour un studio comme STIM, l’intérêt est double : se rapprocher d’un écosystème international tout en s’adossant à une base opérationnelle capable d’absorber une partie de la demande croissante en animation et effets visuels. On n’est pas dans le fantasme du “studio du futur” vendu en conférence de presse avec lumière bleue et fauteuils design ; on est dans quelque chose de plus concret, de plus rugueux, de plus sérieux. Autrement dit : moins de storytelling, plus de production. Et ça, dans le cinéma, c’est souvent là que se joue la vraie bataille.
Il faut aussi lire cette implantation comme un symptôme de l’époque. Les grands studios américains continuent de chercher des partenaires capables de tenir les délais sans faire flamber la facture, tandis que les sociétés européennes tentent de ne pas rester cantonnées au rôle de prestataires invisibles. STIM, avec son centre de Tenerife, essaie manifestement de passer un cap : rester un acteur de la fabrication, oui, mais avec davantage de contrôle sur sa croissance et sa circulation entre marchés. C’est une manière de ne pas se faire avaler par la machine, ou du moins de négocier avec elle sans finir en pur sous-traitant interchangeable. Dans le grand cirque des images, ceux qui tiennent la caisse et les délais ont parfois plus de pouvoir qu’on ne veut bien l’admettre.
Reste une question, la seule qui vaille vraiment : à force de multiplier les bases, les fuseaux horaires et les équipes éclatées, le studio européen gagne-t-il en puissance, ou fabrique-t-il une nouvelle forme de dispersion très chic, très moderne, très épuisante ? STIM, en tout cas, a choisi son camp. Et à Tenerife, les pixels vont bientôt travailler au soleil. Pas mal comme programme, non ?
Bande-annonce VF de Le Robot sauvage
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




