L’Amérique t’aime (mais vérifie d’abord tes tweets)

Pour les Français, la bonne nouvelle tient en quatre lettres : ESTA. Les ressortissants français bénéficient du Visa Waiver Program, qui permet un séjour touristique jusqu’à 90 jours sans visa, avec une simple autorisation électronique à obtenir en ligne avant le départ. Aucun entretien en ambassade requis, pas de FIFA Pass nécessaire, pas de queue au consulat. La route du Mondial est, en théorie, dégagée.

Sauf que l’administration Trump a quand même réussi à compliquer l’affaire pour tout le monde, y compris les Européens. Depuis décembre 2025, une proposition publiée au Federal Register prévoit d’exiger des voyageurs exemptés de visa, France incluse, qu’ils fournissent l’historique de leurs réseaux sociaux sur cinq ans, leurs numéros de téléphone des cinq dernières années, leurs adresses e-mail des dix dernières années, et des informations sur les membres de leur famille. Le Monde rapportait en décembre 2025 que le texte devait s’appliquer « d’ici à soixante jours sauf contestation en justice ». L’ambassade des États-Unis en France a depuis précisé que la mesure n’est pas encore en vigueur et qu’une mise en oeuvre interviendrait au plus tôt mi-2026, sous réserve des délais administratifs.

Mi-2026. La Coupe du monde démarre le 11 juin. On vous laisse faire le calcul (oui, ça colle un peu trop bien).

Le FIFA Pass : une file VIP dans un aéroport en flammes

Annoncé en grande pompe le 21 janvier 2026 depuis la Maison-Blanche, photo op Infantino-Trump, ambiance sommet de paix mondial, le FIFA Pass est le dispositif officiel pour faciliter l’accès aux rendez-vous de visa consulaires. Concrètement : les détenteurs de billets achetés sur FIFA.com peuvent demander un créneau d’entretien prioritaire dans les consulats américains, là où les délais d’attente dépassaient les 330 jours dans 18 ambassades selon une enquête du Los Angeles Times de janvier 2025.

Le hic, martelé par tous les acteurs impliqués, c’est que le FIFA Pass n’est pas un visa. Ce n’est pas un laissez-passer. Ce n’est pas une garantie d’entrée sur le territoire américain. « Votre billet n’est pas un visa », a explicitement déclaré l’administration américaine dans un communiqué d’une franchise qu’on salue. Ce que le FIFA Pass offre, c’est uniquement un accès prioritaire à l’entretien, autrement dit une file VIP dans un consulat, pas un tampon automatique dans votre passeport.

15 000 dollars pour regarder un corner : la caution qui a failli tuer le Mondial

Pour certains supporters, le visa n’était même pas le problème principal. L’administration Trump avait imposé des dépôts de garantie pouvant atteindre 15 000 dollars pour les ressortissants de 50 pays identifiés comme présentant des taux élevés de dépassement de visa ou des préoccupations sécuritaires. Parmi ces 50 pays, cinq nations qualifiées pour la Coupe du monde 2026 : l’Algérie, le Cabo Verde, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Tunisie.

The Guardian rapportait le 13 mai 2026 que l’administration Trump a finalement décidé de suspendre cette caution pour les supporters éligibles disposant d’un billet officiel FIFA. Une « rare concession » selon le quotidien britannique, dans un contexte de politique migratoire par ailleurs hermétiquement verrouillée. Les joueurs, entraîneurs et staff des équipes qualifiées étaient déjà exemptés depuis les premières directives présidentielles, mais jusqu’à mi-mai 2026, les simples supporters avec billets ne bénéficiaient d’aucune protection équivalente.

Travel ban : les fans qui n’iront pas

Derrière le vernis commercial du « plus grand Mondial de l’histoire », certains supporters ne verront tout simplement pas leur équipe jouer sur le sol américain. Haïti et l’Iran sont sous interdiction totale d’entrée aux États-Unis. La Côte d’Ivoire et le Sénégal sont soumis à des restrictions partielles incluant les visas touristiques. Selon les données compilées par BBC Sport en janvier 2026, 19 pays sont sous travel ban complet, dont plusieurs qui, par bonheur ou pas, n’ont pas qualifié d’équipe. Mais d’autres nations comme la Colombie et le Mexique (co-hôte du tournoi, rappelons-le) ont reçu des avertissements de la Maison-Blanche en raison de tensions diplomatiques persistantes.

L’organisation Forum Together relevait en mars 2026 qu’Amnesty International a officiellement alerté sur l’impact des politiques américaines d’immigration sur les supporters et les joueurs de pays en conflits avec Washington. Le Council on Foreign Relations titrait en mars 2026 : « The U.S. is co-hosting the World Cup. But much of the world can’t attend ». La phrase qui résume tout.

Le « Trump Slump » du tourisme mondial

Ce n’est pas seulement la Coupe du monde qui trinque. Depuis le début du second mandat de Trump en janvier 2025, le tourisme international aux États-Unis est en chute libre. L’US Travel Association prévoyait dès fin 2025 une baisse de 6,3 % des arrivées de touristes étrangers pour l’année. À Las Vegas, le nombre de visiteurs internationaux a chuté de 13 % en juin 2025 par rapport à l’année précédente, selon les données de l’autorité de promotion touristique de la ville que rapportait The Guardian. La presse économique française chiffrait à 15,7 milliards de dollars les pertes potentielles pour le tourisme américain en 2026.

L’American Hotel + Lodging Association a publié un rapport en mai 2026 indiquant que les réservations d’hôtels pour la Coupe du monde sont « considérablement inférieures aux prévisions », en raison des barrières à l’entrée, des délais de visa et de l’incertitude générale quant à l’accueil réservé aux visiteurs étrangers. Euronews Voyage titrait sans détour en mars 2026 : « Tourisme US en ‘Trump slump’ : la Coupe du monde peut-elle inverser la tendance ? ». La réponse courte : pas sûr. Le paradoxe est savoureux : pendant que les États-Unis ferment la porte aux touristes étrangers, la France vient pour sa part de poser un record historique avec 102 millions de visiteurs en 2025. Quelqu’un a gagné la guerre des flux, et ce n’est pas Donald Trump.

Ce que vous devez faire si vous partez (guide de survie)

Pour un Français partant aux États-Unis cet été, le chemin reste praticable mais exige de l’anticipation. L’ESTA se demande en ligne sur le site officiel du DHS (cbp.gov), coûte 21 dollars, et la réponse tombe en général en 72 heures. Elle est valable deux ans pour des séjours multiples ne dépassant pas 90 jours. Aucun entretien, aucun consulat, aucun FIFA Pass requis pour les Français. En revanche, il faut s’attendre à des contrôles aux frontières renforcés, à des questions potentiellement plus intrusives aux points d’entrée, et à un contexte douanier tendu que plusieurs associations de voyageurs et avocats spécialisés qualifient depuis début 2026 d’« hostile » envers les visiteurs étrangers.

La situation des supporters venant de pays sous restrictions partielles, Sénégal, Côte d’Ivoire, Algérie, Tunisie, reste plus complexe malgré la suspension de la caution de 15 000 dollars annoncée mi-mai 2026. Avoir un billet officiel FIFA facilite la démarche, il ne la garantit pas. Pour des infos pratiques sur le tournoi et les chaînes de diffusion en France, on vous renvoie vers notre guide complet sur les chaînes et la diffusion de la Coupe du monde 2026. Pour les équipes en jeu, notre analyse des vraies chances des neuf équipes africaines au Mondial pose les bonnes questions. Et pour ceux qui veulent déjà se mettre dans l’ambiance avant de se farcir les files d’attente au consulat, Shakira et Burna Boy ont signé l’hymne officiel. On a les priorités qu’on mérite. Et si vous préférez voir le Mondial depuis votre canapé en évitant les tracas administratifs trumpistes, Netflix a sorti Le Mondial de Martín le 5 juin 2026, où Diego Luna arnaque la FIFA avec un talent qu’on lui envie presque.

Il reste une question suspendue dans l’air de cet été 2026 : qu’est-ce qui se passera si l’administration américaine active effectivement l’obligation de fournir cinq ans d’historique sur les réseaux sociaux avant l’entrée sur le territoire, juste à temps pour la phase finale ? On n’imagine même pas les posts que certains supporters vont devoir expliquer au douanier de JFK.

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