Sorti le 3 juin 2026 dans les salles françaises, Anna et les enfants est le premier long-métrage de Diane Clavier, scénariste télé reconvertie en réalisatrice. Camille Chamoux en femme phobique des enfants qui retombe amoureuse d’un père de famille : le pitch est bon. Le reste… on va en parler.
Phobie ou folie douce ?
Sur le papier, l’idée est franchement séduisante. Anna souffre de pédophobie, la vraie, celle qui déclenche sueurs froides et crises de panique au moindre landau croisé dans le métro, pas juste une vague allergie aux Lego dans le couloir la nuit. Diane Clavier, à qui l’on doit les scénarios de Fais pas ci, fais pas ça et du Vilain, s’est documentée sur des témoignages réels pour construire ce personnage. Soit. Il y avait matière à un vrai film de genre comique, une screwball comedy à la française, un peu de Woody Allen période fertile, une pointe d’anxiété existentielle. Au lieu de ça, on se retrouve avec une comédie familiale aussi sage que les enfants qu’Anna est censée fuir.
Camille Chamoux, 47 ans, est une valeur sûre de la comédie française, on l’a vue dans Les Gazelles, on l’a connue humoriste avant d’être actrice, on sait qu’elle peut porter un film sur ses épaules avec ce mélange de maladresse calculée et d’énergie nerveuse qui fait son charme. Elle fait ce qu’elle peut. Le problème, c’est que le scénario ne lui offre pas grand-chose à mordre.
Anna terrifiée face à un poussette. Le quota de suspense est atteint.

Alex, père de famille et homme-prétexte
En face, Alban Lenoir joue Alex, l’ex-amour de la vie d’Anna revenu dans le décor avec deux enfants dans les pattes et une expédition chez les gorilles d’Afrique programmée au pire moment possible (oui). Lenoir est à l’aise dans le registre romantico-comique, et le duo avec Chamoux fonctionne sur le plan de la chimie. Mais le personnage d’Alex est écrit comme un accessoire narratif : il disparaît littéralement au bout d’une demi-heure pour aller faire un câlin à des primates, laissant Anna seule avec les enfants. C’est le classique du genre : évacuer le love interest pour forcer la cohabitation et déclencher les gags. Olivia Côte, qui co-signe d’ailleurs le scénario avec Clavier, Fred Testot, Mariama Gueye et Estéban complètent un casting solide qui méritait mieux que ce qu’on lui sert à jouer.
Cousu de fil blanc, mais avec un beau fil
Le scénario ne prend jamais de risque. On sait dès les dix premières minutes comment ça va se terminer, qui va s’apprivoiser qui, quel enfant va faire craquer Anna en premier, et quelle scène d’émotion maladroite va déclencher la larme facile dans la salle. Les situations fonctionnent, la phobie est bien illustrée, les gags de cohabitation ont leur efficacité mécanique, mais les dialogues sont plats comme une ordonnance médicale. On attendait du mordant là où on a du raisonnable.
La mise en scène, pour un premier long-métrage, est propre sans être ambitieuse. Diane Clavier vient de la télévision et ça se ressent : le découpage est fonctionnel, les plans sont lisibles, tout est à sa place. C’est le problème. Tout est trop à sa place.
Diane Clavier sur le tournage, entre deux scènes d’enfants adorables et inoffensifs.
La Clavier Method
Pour être juste avec Diane Clavier : ce n’est pas son premier rodéo avec les enfants comme matière première. Vingt ans de carrière à scénariser des familles dysfonctionnelles pour la télévision (Fais pas ci, fais pas ça dès 2007, Faites des gosses), ça forge une vraie connaissance du milieu. Elle sait comment rendre les enfants à l’écran supportables, presque attachants, sans tomber dans le mièvre total. Et là, il faut lui rendre justice : les deux gamins du film ne sont pas agaçants. C’est déjà une victoire. Dans un genre où les enfants au cinéma vous donnent envie de partager la phobie d’Anna, c’est une performance réelle.
La coproduction franco-belge est distribuée par Paradis Films. Le film vise clairement le public familial-comédie romantique du mercredi après-midi, il l’aura probablement, parce que ce public-là est fidèle et peu regardant sur les coutures apparentes du scénario.

Le Verdict, Ou : Peut-on Aimer un Film Qu’on N’a Pas Détesté ?
C’est là le vrai problème d’Anna et les enfants : il est trop honnête pour être une daube, trop tiède pour être une réussite. On sort de la salle sans avoir souffert, sans avoir vraiment ri non plus, avec cette sensation de confort mou propre aux comédies françaises qui font ce qu’on attend d’elles, ni plus ni moins. Chamoux est attachante, Lenoir fait le job, les enfants ne sont pas insupportables, la phobie aurait pu être un vrai ressort dramatique et reste finalement un gadget de pitch.
Diane Clavier a le métier, l’envie, et visiblement une connaissance sincère de son sujet. Son prochain film, parce qu’il y en aura un, sera peut-être celui où elle prend enfin le risque d’être vraiment drôle, vraiment dérangeante, vraiment quelque chose.
Pour l’instant, Anna et les enfants est une comédie convenable sur une femme qui a peur des enfants. Ironie parfaite : le film aussi semble un peu effrayé à l’idée de trop bien faire.
Anna et les enfants, Réalisation : Diane Clavier. Avec : Camille Chamoux, Alban Lenoir, Olivia Côte, Fred Testot, Mariama Gueye, Estéban. Scénario : Diane Clavier, Olivia Côte. Production : France / Belgique. Distribution : Paradis Films. Durée : 1h30. Sortie : 3 juin 2026.
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