Le Pape, l’ex et le notaire
Voilà un pitch qui, sur le papier, sent la comédie de boulevard de province : Fred (Vincent Macaigne) veut épouser Chloé (Mélanie Thierry), catholique convaincue, mais l’Église n’officiera pas si son précédent mariage n’a pas été annulé devant les instances ecclésiastiques. Il se retourne donc vers son ex-femme, Marguerite (Laure Calamy), avec une demande d’une élégance toute particulière : « Aide-moi à prouver à Dieu qu’on ne s’est jamais vraiment aimés. » Marguerite accepte, elle est heureuse pour lui, franchement, et c’est là que commence le vrai film : une enquête dans leur propre passé qui, évidemment, ne se passera pas comme prévu.
La mécanique du récit est presque trop belle pour être vraie. Le droit canon comme révélateur sentimental, Gorgeart a trouvé son angle, et il le tient sur 1h48 sans lâcher. Il fallait y penser, et lui y a pensé.
Gorgeart, l’entêté qui parle de famille (encore)
Fabien Gorgeart, on commence à le connaître. Après Connue de nos services (2012), il revenait en 2021 avec La Vraie Famille, déjà avec Mélanie Thierry et Lyes Salem, déjà sur le terrain miné de la famille, de l’appartenance, du lien qu’on noue et qu’on dénoue. Le film avait décroché le Valois du Jury à Angoulême, la récompense que les gens qui font attention au cinéma français avaient remarquée. Avec C’est quoi l’amour ?, il retrouve son duo Thierry/Salem dans des rôles miroirs (les nouveaux conjoints, de l’autre côté du gouffre) et en rajoute deux monstres : Calamy et Macaigne. C’est sa La Vraie Famille en mode comédie plus grand public, sauf que le fond reste le même : comment on fait famille quand les cases officielles ne correspondent plus à rien ?
Le film a remporté le Grand Prix du Festival de l’Alpe d’Huez 2026, et Laure Calamy le Prix d’interprétation féminine. L’Alpe d’Huez, ce n’est pas Cannes (ça reste la spécialité comédie), mais c’est le genre de double palme qui indique qu’un film a quelque chose en plus que la bonne volonté.

Calamy + Macaigne = équation du chaos organisé
Laure Calamy, César 2021 pour Antoinette dans les Cévennes, Prix Orizzonti à Venise pour À plein temps, on ne présente plus la femme, si ? Elle est ici Marguerite, ce personnage qui accepte de déclarer solennellement devant les juges ecclésiastiques que son mariage était une erreur, tout en réalisant, lentement, douloureusement, comiquement, que ce n’était peut-être pas si simple. Calamy y est à son meilleur registre : le sourire qui contient une montagne de sous-texte.
En face, Vincent Macaigne joue exactement ce qu’il joue toujours : un type sincère, légèrement perdu, attendrissant à contrecœur. Et pourtant, dans le cadre de ce film, ça colle parfaitement. Fred n’est pas ridicule, il n’est pas non plus sympathique à 100%, il est juste humain, ce qui est déjà bien plus intéressant. Macaigne réussit à être touchant sans jamais chercher à l’être, et c’est son truc depuis toujours.
Calamy dans C’est quoi l’amour ?, ou l’art de tenir une scène avec un regard au plafond et une lettre du Vatican dans la main gauche.
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Rome, ville ouverte (aux ex-couples en détresse)
Le film s’ouvre à Rouen et se ferme au Vatican, un voyage géographique et intérieur qui structure le récit en deux temps bien distincts. La première moitié est une comédie de salon, de paperasse et de maladresses ; la deuxième vire au voyage familial chaotique, avec les enfants, les nouveaux conjoints, et les inévitables confrontations entre gens qui se supportent mal mais qui doivent partager une table romaine. Gorgeart sait filmer ce moment précis où une conversation banale bascule dans quelque chose d’autre, une tension, un aveu glissé comme par erreur, un silence qui pèse trois tonnes.
Jean-Marc Barr apparaît en homme de foi, et Céleste Brunnquell, révélée par la série Chair tendre, signe ici son premier grand rôle sur grand écran ; deux présences qui disent quelque chose sur l’ambition de l’ensemble : pas juste la comédie de situation, mais une réflexion douce-amère sur ce que valent les engagements qu’on prend devant une institution. Le droit canon comme miroir déformant du sentiment amoureux, c’est le pari du film, et il n’est pas perdu.
La comédie française a-t-elle retrouvé sa colonne vertébrale ?
On pourrait arguer, et on va le faire, que la comédie française traverse un moment intéressant en 2026. Pas révolutionnaire, pas transcendant, mais intéressant. Gorgeart s’inscrit dans une lignée de cinéastes qui refusent de choisir entre le rire et le fond : il y a du Klapisch dans la structure chorale, quelque chose dans l’attention portée aux non-dits qui renvoie aux meilleures heures de Rohmer, et une proximité avec le cinéma de Philippe Le Guay dans la façon de faire coexister l’absurde administratif et l’émotion vraie. Ce n’est pas une révolution. C’est quelque chose de plus rare : un film bien fait qui sait ce qu’il veut dire.
La presse est globalement élogieuse, Première salue « l’art délicat du cinéma choral », Trois Couleurs parle d’une « comédie de mœurs qui transforme le droit canon en terrain de jeu sentimental ». AlloCiné recense une note presse à 3,8 et spectateurs en belle forme, c’est pas Perfect Days mais ça n’a pas non plus envie de l’être. Le film est distribué par Zinc Films et Memento, deux structures sérieuses qui savent ce qu’elles mettent en salle.
Verdict : Oui, mais sans se flageller
C’est quoi l’amour ? est une bonne comédie française, catégorie qui, admettons-le, reste suffisamment rare pour qu’on le signale. Ce n’est pas un film qui va changer votre vie, redessoler votre rapport à l’existence ou figurer dans les dix meilleurs de l’année aux Cahiers. Mais c’est un long-métrage honnête, bien joué, construit avec soin autour d’une idée forte, et dont la chute, sans la vendre ici, évite soigneusement la facilité du happy ending classique.
Gorgeart pose une question et ne prétend pas y répondre. C’est déjà beaucoup. Dans un paysage où les comédies sentimentales répondent systématiquement à des questions que personne n’a posées, ça fait figure de performance.
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Alors, c’est quoi l’amour ? Un formulaire en douze exemplaires, un juge ecclésiastique sourd d’une oreille, et deux personnes qui se souviennent pourquoi ils avaient dit oui. Pour le reste, allez voir le film.
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