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    Nrmagazine » [Critique] « Bagarre » de Julien Royal au cinéma : quand la comédie française arrête de faire semblant
    Blog Entertainment 17 avril 20266 Minutes de Lecture

    [Critique] « Bagarre » de Julien Royal au cinéma : quand la comédie française arrête de faire semblant

    Bagarre de Julien Royal avec Nassim Lyes : une comédie d'action déjantée, survoltée et étonnamment bien ficelée. Notre critique sans filtre.
    woman in black long sleeve shirt sitting on red chair
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    Il y a des films qu’on annonce en haussant les épaules, qu’on finit par voir les bras croisés, et dont on ressort avec le sourire collé sur la figure comme une gifle qu’on n’avait pas vue venir. « Bagarre », sorti le 15 avril 2026, est exactement ce genre-là. Julien Royal, fils de Ségolène Royal et de François Hollande, devenu cinéaste malgré tout, signe avec Nassim Lyes une comédie d’action aussi bête que redoutablement efficace. Un film qui sait ce qu’il est. Ce qui, dans le paysage français actuel, est déjà presque un acte de bravoure.

    Un pitch de comptoir qui tient la route pendant 1h37

    Naïm est un grand costaud avec une âme de papillon. Dans la vie, il ne blesserait pas une mouche. Mais dès qu’on l’attaque, son corps répond avant son cerveau : il se bat comme d’autres respirent. Quand sa chienne tombe malade et que les factures vétérinaires s’accumulent, il intègre « Allo Bagarre », une sorte d’Uber des embrouilles de rue où des combattants professionnels sont dépêchés pour régler les conflits à coups de poings. Le nœud dramatique arrive quand Naïm comprend soudain que le dialogue peut résoudre les conflits. Problème : personne ne veut l’entendre.

    Sur le papier, c’est absurde. À l’écran, c’est cohérent avec lui-même, ce qui est l’essentiel. Royal ne cherche pas à légitimer son concept avec un second degré condescendant. Il l’assume, le pousse jusqu’au bout, et construit autour une mécanique comique qui joue autant sur l’action que sur le timing. Le film a été tourné à Marseille, et la ville n’est pas un décor postcard : elle transpire dans chaque scène, donne au récit une texture que Paris n’aurait pas pu fournir.

    Nassim Lyes, ou comment habiter un rôle avec son corps entier

    Il y a des acteurs qui jouent un personnage. Nassim Lyes, lui, devient Naïm. Sa performance est physique au sens le plus littéral : chaque coup, chaque regard embarrassé, chaque moment de douceur maladroite passe par son corps avant de passer par ses mots. Après Farang et Sous la Seine, on savait qu’il avait le coffre. Ici, il prouve qu’il a aussi le registre comique, et que les deux ne s’excluent pas.

    Ce qui rend le personnage attachant, c’est précisément ce paradoxe : un homme capable d’envoyer valser trois types en dix secondes, mais incapable de hausser le ton dans une conversation ordinaire. Royal et Lyes ont coécrit le scénario ensemble, et ça se sent. La connivence n’est pas simulée. Elle irrigue chaque séquence.

    Un casting pléthorique qui ne se marche pas dessus

    Ramzy Bedia, Audrey Lamy, Marina Foïs, Anaïde Rozam, Hedi Bouchenafa, Hatik, Hakim Jemili, Ragnar Le Breton… La liste donne le vertige. Ce genre de casting « all-stars » du comique français finit souvent en cacophonie où chaque ego grignote l’espace des autres. Ici, Royal réussit l’exercice difficile de donner à chacun sa séquence, son moment, sans que le film ne parte en morceaux.

    Ramzy Bedia en particulier retrouve une forme d’énergie brute qu’on ne lui avait pas vue depuis longtemps. Audrey Lamy assure avec la précision d’une horlogère. Et les figures venues de l’humour internet, comme Ragnar Le Breton, apportent une rugosité contemporaine qui brouille les frontières entre cinéma populaire et culture du web, sans que ça sonne faux. Produit par Hugo Sélignac, à qui l’on doit aussi Bac Nord et L’amour ouf, le film bénéficie d’une fabrication soignée que l’outrance de façade ne doit pas masquer.

    La mise en scène : du muscle, pas du gras

    Julien Royal a aussi assuré le montage de son propre film, et ça change tout. Le rythme n’est jamais délégué à quelqu’un d’autre : chaque coupe, chaque respiration entre deux gags, porte sa signature. Les séquences de combat sont chorégraphiées avec un soin réel, lisibles, dynamiques, pensées comme des numéros à part entière plutôt que comme des intermèdes. On pense parfois à Fight Club pour la stylisation, parfois à Dumb & Dumber pour l’esprit, et c’est finalement la comparaison la plus juste qu’on puisse faire : un film qui joue dans deux registres et ne trahit aucun des deux.

    Là où le film perd un peu de souffle, c’est dans sa dernière partie. Comme si Royal avait dépensé toute son énergie dans la montée en régime et se retrouvait un peu à court pour conclure. Le dénouement arrive, fonctionne, mais sans la même électricité que ce qui précède. C’est le seul reproche qu’on peut vraiment lui faire. Et honnêtement, pour une comédie de cette nature, c’est une faute vénielle.

    La comédie française, entre prudence et audace

    Il faut replacer Bagarre dans son contexte. La comédie populaire française traverse depuis quelques années une crise de confiance. Elle hésite entre le film choral rassurant et le projet auteuriste déguisé en comédie. Royal, lui, ne se pose pas ces questions. Il fait du cinéma de genre en assumant pleinement que « genre » ne veut pas dire « sous-genre ». Troisième collaboration entre lui et Nassim Lyes après En passant pécho et Nouveaux riches, Bagarre marque une vraie progression dans l’ambition visuelle et la maîtrise d’ensemble.

    Ce qui distingue ce film de beaucoup de comédies françaises sorties ces dernières années, c’est qu’il prend des risques. L’humour n’est pas calibré pour ne froisser personne. Certaines blagues déraillent volontairement. La vulgarité est présente, revendiquée, et dans le contexte du film, elle fonctionne comme un moteur narratif plutôt que comme un cache-misère. Télérama le qualifie de « comédie bête, méchante et hilarante ». Le Parisien parle d’outrance qui finit par faire rire. Les deux ont raison, et aucun des deux ne sonne comme un compliment condescendant.

    Nassim Lyes, pièce maîtresse d’un cinéma en mutation

    Il vaut la peine de s’arrêter une seconde sur la trajectoire de Nassim Lyes, parce qu’elle dit quelque chose d’important sur l’état du cinéma populaire en France. Bientôt à l’affiche de Full Phil, le prochain Quentin Dupieux, aux côtés de Kristen Stewart et Woody Harrelson, il incarne mieux que quiconque la porosité entre cinéma d’auteur et comédie grand public. Son profil d’acteur physique, capable d’être crédible dans l’action comme dans le registre absurde, est rare dans le paysage hexagonal. Bagarre lui offre un terrain de jeu taillé sur mesure, et il ne gâche rien.

    Pour ceux qui veulent creuser la filmographie de l’acteur ou du réalisateur, le site NR Magazine Cinéma propose des dossiers réguliers sur les sorties du moment et les figures montantes du septième art français.

    Faut-il y aller ?

    Si vous cherchez un film qui vous demandera de réfléchir à la condition humaine pendant le générique de fin, passez votre chemin. Si vous cherchez 1h37 d’énergie pure, de bagarres bien filmées, d’un casting qui s’amuse et d’un humour qui ne se prend pas pour autre chose que ce qu’il est, Bagarre est fait pour vous. C’est du cinéma populaire qui fait son travail avec une vraie exigence artisanale. Ce qui, en 2026, mérite déjà d’être salué.

    Notre verdict sur « Bagarre »

    76%
    76%
    Hilarant

    Une comédie d'action déjantée qui assume son absurdité avec une énergie contagieuse, portée par un Nassim Lyes au sommet de sa forme.

    • Scénario
      6,5
    • Mise en scène
      8
    • Casting
      9
    • Humour
      8,5
    • Rythme
      7,5
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    Vincent
    Vincent

    Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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