Le cinéma populaire tricolore cherchait désespérément une étincelle pour cramer la morosité hivernale de ce début 2026. La bande à Fifi n’a pas fait dans la dentelle. Ils ont carrément ramené un lance-flammes depuis la jungle palombienne. Alors qu’une majorité écrasante des comédies se plantent lamentablement en salle, rongées par des pitchs anémiques ou une concurrence féroce des plateformes, le « Marsupilami » version Lacheau braque le box-office avec une facilité déconcertante. Les salles obscures crachent des files d’attente interminables de gosses hilares et de parents secrètement nostalgiques. Un raz-de-marée qu’on n’avait pas vu venir avec autant d’agressivité, pulvérisant tous les pronostics tiédasses des experts parisiens.
Le carton en chiffres bruts
- L’uppercut initial : Près de 1,4 million de tickets déchirés rien qu’à l’issue de la première semaine d’exploitation.
- La confirmation : Plus d’un million de spectateurs supplémentaires rajoutés au compteur en bout de deuxième semaine.
- Le record visé : Faire vaciller les 4,2 millions de crânes d’Alibi.com 2, le précédent trophée de chasse absolu du réalisateur.
- La méthode : Un rythme épileptique assumé, des gags visuels cartoonesques jusqu’à l’absurde, et un vrai respect du matériau de Franquin.
Le meilleur démarrage depuis un certain Gaulois
Il faut remonter aux frasques de Guillaume Canet avec « Astérix et Obélix : L’Empire du milieu » en 2023 pour constater un bordel pareil devant les caisses. Dépasser la barre symbolique du million d’entrées sur sept jours relève aujourd’hui d’un miracle comptable. Lacheau et son équipe, armés d’un cynisme bon enfant redoutable, prouvent que la salle de ciné n’est pas un concept mortifère. Leur recette fonctionne. Elle essore littéralement le spectateur. Pas l’ombre d’un temps mort, une blague potache servie toutes les quinze secondes chrono, et ce fameux vernis d’action frénétique qui caractérise désormais les productions BAF.
Chabat dans le rétroviseur
Impossible de ne pas jeter un œil vicieux sur la dernière adaptation signée Alain Chabat en 2012. « Sur la piste du Marsupilami » avait scotché le pays entier avec 5,3 millions d’entrées vertigineuses. Si Fifi navigue dans ces eaux claires, la compétition s’annonce ultra saignante. Mais le contexte a muté. Faire 3 millions de tickets à l’ère du tout-streaming équivaut à un pactole que l’industrie applaudit à s’en déboîter les poignets. Et l’endurance de la bestiole jaune est sidérante : la chute de fréquentation entre la semaine un et la semaine deux s’évère ridiculement faible. Le bouche-à-oreille fait son travail de sape. Les familles s’y engouffrent pour rigoler sans prise de tête, pendant que les ados viennent savourer l’humour trashy toujours dissimulé sous un immense tapis de bienveillance.
Quand l’industrie pardonne tous les faux pas artistiques
Faut-il chercher un message subliminal ou une narration shakespearienne dans cette escapade tropicale ? Certainement pas. Lacheau a la lucidité de ne jamais se prendre pour un auteur maudit. Il distribue du divertissement populaire industriel, calibré au millimètre, gras quand il le faut, tendre quand le rythme risque de l’asphyxier. Les critiques mondains s’arrachent les cheveux face au scénario qui tient sur une tranche de jambon blanc. Le public s’en tamponne le coquillard allègrement. Les rires explosent à chaque projection. Et à la fin, c’est l’écran qui gagne.
| Les monstres du box-office | Démarrage explosif (Semaine 1) | Horizon final estimé (ou réel) |
|---|---|---|
| Le Marsupilami de Lacheau (2026) | Approximativement 1,4 million de tickets | Direction franche vers les 4 millions |
| Sur la piste du Marsupilami (Chabat – 2012) | Un peu plus de 1,7 million d’entrées | Massif : 5,3 millions de spectateurs |
| Alibi.com 2 (Lacheau – 2023) | À peine au-dessus du million initial | Record personnel fixé à 4,2 millions |
L’arrogance joyeuse d’un cinéma qui assume
Ce succès insolent fout un coup de pied salvateur dans la fourmilière des productions anangoisées. Sans aucun complexe d’infériorité face aux blockbusters américains qui parasitent d’ordinaire l’espace, l’animal de Franquin tape de la queue et nettoie le calendrier des sorties hivernales. Il n’y aura probablement pas de consécration aux César pour cette équipée sauvage. Les statuettes dorées finiront vraisemblablement dans les mains d’un autre cinéaste taciturne. Rien d’étonnant. L’équipe du Marsupilami encaisse les chèques, signe les affiches par paquets de mille, et prépare déjà sûrement sa prochaine dinguerie commerciale.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



