Le poing serré, iconique. Le bandana rouge, absent. La silhouette de Sylvester Stallone, effacée. Lionsgate vient de dévoiler la première affiche de John Rambo, un préquel qui raconte les origines du vétéran le plus célèbre du cinéma américain. Noah Centineo, 29 ans, reprend le flambeau d’un personnage qui a marqué quatre décennies d’action et de traumatismes post-guerre. Le tournage a commencé à Bangkok, et l’industrie retient son souffle : peut-on réinventer Rambo sans l’homme qui l’a incarné cinq fois ?
Une affiche minimaliste qui rappelle les heures sombres
L’affiche dévoilée sur les réseaux sociaux ne montre ni visage, ni décor. Juste ce poing fermé, tendu vers le ciel, symbole de résilience brute. Une esthétique qui évoque John Rambo (2008) et Rambo: Last Blood (2019), les deux volets les plus violents de la saga. Pourtant, le message accompagnant l’image promet autre chose.
Jalmari Helander, réalisateur finlandais de 48 ans, a publié une déclaration émouvante sur X (anciennement Twitter) : « Quand j’avais 11 ans, j’ai vu First Blood pour la première fois, et ça a changé ma vie. Rambo n’était pas juste un film pour moi, il m’a accompagné en grandissant et a fortement influencé mon envie de devenir réalisateur. »
Ce témoignage personnel contraste avec l’approche commerciale habituelle des reboots. Helander promet un « Rambo dépouillé, brut, authentique. Une histoire de survie, d’endurance, de persévérance et d’innocence perdue. » Des mots qui résonnent avec l’esprit du roman original de David Morrell, bien plus introspectif que les mitraillages des suites des années 80.

Noah Centineo : du lycéen romantique au soldat traumatisé
Le casting fait grincer des dents. Noah Centineo s’est fait connaître avec les comédies romantiques Netflix À tous les garçons que j’ai aimés et Sierra Burgess Is a Loser. Son visage poupin, son physique de mannequin californien, son CV orienté teen drama : tout le contraire du Stallone rugueux de 1982.
L’acteur tente pourtant de diversifier sa carrière. Il a incarné Atom Smasher dans Black Adam (2022), un rôle physique mais largement écrasé par la présence de Dwayne Johnson. Il jouera aussi Ken dans l’adaptation de Street Fighter prévue pour octobre 2026, aux côtés de Jason Momoa. Deux franchises d’action qui testent sa crédibilité dans des registres virils.
Sylvester Stallone lui-même a validé l’idée d’un préquel centré sur la jeunesse du personnage. En 2019, il déclarait à Screen Rant : « J’ai toujours pensé à Rambo quand il avait 16 ou 17 ans. C’était le capitaine de l’équipe, le garçon le plus populaire de l’école, un super athlète. Il était comme Jim Thorpe, et c’est la guerre qui l’a changé. Si vous l’aviez vu avant, il était comme le garçon parfait. »
Ce portrait d’un Rambo d’avant le trauma correspond parfaitement au profil de Centineo. Reste à savoir s’il pourra incarner la transformation brutale, la perte d’innocence, la descente dans la violence.
Jalmari Helander : le choix de la barbarie maîtrisée
Si le casting divise, la présence de Helander rassure les connaisseurs. Le Finlandais a signé deux films de guerre sauvages et jubilatoires : Sisu : de l’or et du sang (2022) et sa suite Sisu : Le Chemin de la vengeance (2025). Ces deux délires barbares mettent en scène un surhomme mutique massacrant des nazis et des soldats soviétiques avec une inventivité gore réjouissante.
Son approche — action viscérale, peu de dialogue, chorégraphies de violence artisanales — semble taillée pour Rambo. Mais Helander promet une tonalité différente. Dans une interview accordée à Dexerto, il précise : « Ce ne sera pas aussi sombre que les deux derniers Rambo. Ce sera davantage tourné vers l’aventure, et j’espère inspirer une nouvelle génération d’enfants de 10 ans à aller jouer à Rambo dans la forêt. »
Cette déclaration surprend. John Rambo (2008) montrait des éventrations à la machette, des gorges tranchées en gros plan, une violence graphique assumée. Rambo: Last Blood (2019) versait dans le torture porn, au point d’être renié par David Morrell, l’auteur du roman First Blood.
Helander semble vouloir revenir à l’esprit du premier film : un drame mélancolique sur un vétéran rejeté par une société qui l’a fabriqué puis oublié. First Blood (1982) ne comptait qu’un seul mort accidentel, privilégiant la tension psychologique à la boucherie.

Un ton qui varie d’un volet à l’autre
La franchise Rambo n’a jamais eu d’identité stable. Chaque décennie lui a imposé un visage différent.
First Blood (1982) : drame introspectif, critique du traitement des vétérans du Vietnam, scène finale bouleversante où Rambo s’effondre dans les bras du colonel Trautman.
Rambo: First Blood Part II (1985) et Rambo III (1988) : propagande reaganienne, patriotisme musclé, Rambo devenu superhéros massacrant à lui seul des armées entières de Soviétiques et de Vietnamiens.
John Rambo (2008) : retour au réalisme brutal, violence ultraréaliste en Birmanie, Stallone réalisateur assumant la noirceur.
Rambo: Last Blood (2019) : revanche personnelle sanglante au Mexique, torture graphique, fin désespérée.
Le préquel de Helander pourrait donc inventer un __sixième__ Rambo, distinct de tous les précédents. Un film d’aventure militaire, ancré dans le chaos du Vietnam, centré sur la formation d’un soldat d’élite avant qu’il ne devienne le symbole du vétéran brisé.
Le Vietnam comme décor de l’origine
Le tournage se déroule en Thaïlande, pays qui a servi de décor à de nombreux films de guerre américains. Le scénario, signé Rory Haines et Sohrab Noshirvani (également auteurs de Black Adam), n’a pas été dévoilé en détail.
On sait simplement que l’intrigue suivra le jeune John Rambo pendant ses missions au Vietnam, explorant « les événements qui ont forgé sa personnalité ». Le film devrait montrer sa formation de béret vert, ses premières opérations en zone hostile, la désillusion progressive face à une guerre absurde.
Un commentaire ironique sur les réseaux accompagne l’annonce du tournage en Thaïlande : « Ils n’ont pas obtenu le droit de tourner au Vietnam ? Étonnant. Les Vietnamiens ont pas mal à dire aussi sur la survie, l’endurance, la persistance et la perte de l’innocence. Surtout quand les Américains balançaient du napalm et de l’agent orange. »
Cette remarque soulève une question délicate : comment raconter les origines de Rambo sans glorifier une guerre coloniale désastreuse ? Le personnage de Stallone fonctionnait précisément parce qu’il incarnait les conséquences du Vietnam, pas sa justification héroïque.

Le casting s’étoffe avec des visages frais
Lionsgate a annoncé cinq nouveaux acteurs rejoignant Noah Centineo :
Yao (Sinners), ancien basketteur professionnel devenu acteur, apporte une présence physique imposante.
Jason Tobin (A Thousand Blows), acteur britanno-hongkongais spécialisé dans les rôles de gangsters et de soldats.
Quincy Isaiah (Winning Time: The Rise of the Lakers Dynasty), qui incarnait Magic Johnson dans la série HBO.
Jefferson White (Yellowstone), habitué des westerns modernes et des univers masculins tendus.
Tayme Thapthimthong (The White Lotus), acteur thaïlandais qui apportera une authenticité locale au tournage.
Aucun rôle précis n’a été révélé, mais on devine une escouade de soldats américains et vietnamiens, alliés et ennemis du jeune Rambo.
Sylvester Stallone : bénédiction à distance
L’acteur de 79 ans n’est __ni acteur, ni coscénariste, ni producteur exécutif__ sur ce projet. Une première pour la franchise qu’il a portée pendant 37 ans.
En 2023, lors d’une conférence au Festival de Toronto, Stallone déclarait : « Je pourrais en avoir fini avec Rambo. Il a fait beaucoup de choses. Même si les studios veulent en faire un autre… contre quoi je vais me battre ? L’arthrite ? »
La boutade cache une vérité physique : Stallone ne peut plus incarner crédiblement un combattant d’élite. Mais l’acteur aurait récemment proposé une solution inattendue. Lors d’une interview pour le podcast Bingeworthy de The Playlist, il a évoqué l’idée d’un Rambo rajeuni par intelligence artificielle : « L’IA est devenue suffisamment sophistiquée pour que l’on puisse voir un Rambo de 18 ans traversant Saigon. Ce n’est pas si farfelu que ça. Tout le monde a pensé que j’étais fou. »
Cette proposition — mi-sérieuse, mi-provocatrice — n’a pas été retenue pour le préquel. Mais elle témoigne de l’attachement de Stallone au personnage, même à distance.
Les frères Russo en embuscade
Anthony et Joe Russo, réalisateurs de Avengers: Infinity War et Endgame, figurent parmi les producteurs exécutifs via leur société AGBO. Leur implication n’est pas anodine.
Les deux frères ont produit plusieurs films de guerre efficaces : Mosul (2019), plongée réaliste dans la bataille contre Daech, et les deux Tyler Rake (2020, 2023), films d’action Netflix chorégraphiés avec précision.
Leur présence suggère une ambition spectaculaire pour le préquel, avec des moyens techniques et un savoir-faire action éprouvés. Ils apportent aussi une crédibilité commerciale : les deux Avengers qu’ils ont réalisés ont cumulé près de 5 milliards de dollars au box-office mondial.
Un milliard de dollars en ligne de mire
La franchise Rambo a généré 800 millions de dollars en cinq films. Le dernier volet, Rambo: Last Blood, a rapporté 92 millions malgré des critiques désastreuses.
Lionsgate espère que ce préquel franchira la barre symbolique du milliard. Un pari risqué : les films de guerre ne cartonnent plus comme dans les années 2000, et le public jeune ne connaît Rambo que de nom.
Le studio mise sur plusieurs atouts : la nostalgie des quadras, la curiosité pour les origines d’un mythe, le regain d’intérêt pour les films vietnamiens (après Da 5 Bloods de Spike Lee), et la capacité de Helander à créer du bouche-à-oreille avec ses films violents et jouissifs.
Erin Westerman, présidente du Lionsgate Motion Picture Group, affiche sa confiance : « Nous sommes ravis de commencer la production de John Rambo, qui permettra aux nouveaux spectateurs et aux fans existants d’explorer les racines de John Rambo, ses principes, et surtout, une action incroyable grâce à la vision singulière de Jalmari. »
Sortie prévue en 2026, mais quand exactement ?
Le tournage a démarré en janvier 2026 à Bangkok. Aucune date de sortie précise n’a été annoncée, mais les observateurs tablent sur une fenêtre fin 2026 ou début 2027.
Le film ne possède pas encore de titre français définitif. « John Rambo » était déjà le titre français du quatrième volet (2008), tandis que « Rambo » désignait First Blood en France. Le distributeur devra trouver une appellation claire pour éviter la confusion.
Noah Centineo sera visible dans Street Fighter (octobre 2026) avant la sortie du préquel Rambo. Deux rôles iconiques, deux franchises mythiques, deux paris sur sa capacité à incarner des héros d’action crédibles. Son année 2026 ressemblera à un test grandeur nature.
Le roman First Blood : un retour aux sources nécessaire
Un conseil revient régulièrement dans les commentaires de fans : « Pour un véritable retour aux sources, lisez le roman First Blood de David Morrell, bien meilleur que le film (que pourtant j’adore). Le personnage du shérif y est notamment beaucoup plus intéressant. »
Le roman de 1972 diffère radicalement du film. Rambo y meurt à la fin, abattu par le colonel Trautman. Le shérif Will Teasle est un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, traumatisé lui aussi, créant un parallèle tragique entre deux générations sacrifiées.
David Morrell a renié Rambo: Last Blood, dégoûté par sa violence gratuite et son absence de profondeur psychologique. Si Helander veut vraiment revenir aux sources, il devra s’inspirer de la noirceur littéraire du personnage, pas des caricatures patriotiques des années 80.
Les réactions des fans : scepticisme et curiosité

Sur les réseaux sociaux, les commentaires oscillent entre rejet frontal et ouverture prudente.
« Une série sur RAMBO sans STALLONE C’est NON. ADRIENNNNNNNE « — confusion entre Rambo et Rocky, mais sentiment partagé par beaucoup.
« Les retours de Rocky et de Rambo… il y a vraiment quelque chose à raconter de plus ou c’est purement mercantile ? » — question légitime sur la nécessité d’un préquel 44 ans après First Blood.
« J’espère que le scénariste sera plus inspiré que sur la purge Black Adam et le visage poupon de l’acteur… » — inquiétude récurrente sur le CV des scénaristes et le physique de Centineo.
Mais certains fans gardent espoir : « Je suis quand même curieux de voir ce Rambo, la note d’intention donne plutôt envie. »
Le pari de Lionsgate repose entièrement sur cette curiosité. Transformer le scepticisme en engouement, prouver qu’on peut raconter Rambo autrement, convaincre que Centineo mérite sa chance.
Un test pour le cinéma d’action moderne
Ce préquel arrive à un moment charnière pour Hollywood. Les franchises vieillissantes tentent de se réinventer avec de nouveaux visages : Indiana Jones a échoué, Mad Max a réussi avec Furiosa, Top Gun a triomphé en ramenant Tom Cruise.
Rambo sans Stallone, c’est comme James Bond sans Sean Connery en 1969. Un pari qui peut fonctionner si le film trouve son identité propre, sans singer l’original.
Helander a déclaré au Hollywood Reporter : « C’est très important pour moi de faire un film Rambo, et il y a beaucoup de responsabilité. Je fais juste de mon mieux, et j’espère que ce sera suffisant. »
Cette humilité contraste avec l’arrogance habituelle des reboots. Peut-être le signe qu’il a compris l’enjeu : ne pas trahir un mythe, mais le réinventer avec respect.
Rendez-vous en 2026 pour voir si Noah Centineo peut faire oublier — ou honorer — le poing levé de Sylvester Stallone.
L’essentiel à retenir
- Noah Centineo incarne le jeune John Rambo dans un préquel centré sur la guerre du Vietnam
- Le réalisateur finlandais Jalmari Helander (Sisu) promet un ton plus aventure que noirceur
- Tournage en cours à Bangkok, Thaïlande, sortie prévue en 2026
- Sylvester Stallone n’est pas impliqué mais a validé le concept d’un préquel sur la jeunesse du personnage
- La franchise a généré 800 millions de dollars, ce nouveau film vise le milliard
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