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    Nrmagazine » Saga Jason Bourne : le classement définitif des cinq films avec Matt Damon et Jeremy Renner
    Blog Divertissement & Cinéma

    Saga Jason Bourne : le classement définitif des cinq films avec Matt Damon et Jeremy Renner

    vincent20 février 2026Mise à jour:20 février 2026Aucun commentaire11 Minutes de Lecture
    A man wearing 3D glasses enjoys popcorn while watching a movie in a cinema.
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    Vingt-trois ans après La Mémoire dans la peau, la franchise Jason Bourne reste gravée dans l’inconscient collectif des amateurs d’action. Mais tous les films ne se valent pas. Entre le chaos nerveux de Paul Greengrass, les expérimentations risquées de Tony Gilroy et le retour décevant de 2016, la saga a connu des hauts magistraux et des bas presque embarrassants. Pourtant, même ses ratés contiennent des séquences capables de faire trembler les murs d’une salle de cinéma.

    Ce classement ne suit pas l’ordre chronologique. Il ne cherche pas non plus à flatter les nostalgiques du premier film. Il analyse chaque opus pour ce qu’il apporte – ou ce qu’il gâche – dans l’évolution d’un héros amnésique devenu icône malgré lui.

    L’essentiel à retenir

    • La Mort dans la peau (2004) : le sommet absolu, celui qui a révolutionné le cinéma d’action
    • La Vengeance dans la peau (2007) : virtuose mais prisonnier de son prédécesseur
    • La Mémoire dans la peau (2002) : le brouillon génial qui a tout lancé
    • Jason Bourne : L’Héritage (2012) : l’outsider injustement méprisé avec Jeremy Renner
    • Jason Bourne (2016) : le retour superflu qui piétine son propre héritage

    Jason Bourne (2016) : quand la nostalgie tue le mouvement

    Douze ans après La Vengeance dans la peau, Matt Damon et Paul Greengrass reviennent. Mais pourquoi ? Le scénario invente un prétexte bancal : le père de David Webb était impliqué dans Treadstone. Une révélation qui ne révèle rien, juste un artifice pour justifier un film qui n’avait pas lieu d’exister.

    Le plus frustrant ? Jason Bourne ressemble à un best-of mal ficelé. Nicky Parsons aide le héros avant d’être abattée – comme Marie autrefois. La CIA s’entre-déchire entre méchants et pires encore. Tommy Lee Jones grince des dents, Alicia Vikander joue l’agent trouble, Vincent Cassel incarne le tueur sans âme. Aucun ne parvient à masquer le vide scénaristique.

    Pourtant, Greengrass sauve partiellement le film avec sa mise en scène. La séquence d’Athènes – une dizaine de minutes de caméra virevoltante, de montage ultra-nerveux et de musique entraînante – rappelle ce qui a fait la gloire de la saga. Mais cette bouffée d’oxygène ne suffit pas. Le film piétine la conclusion satisfaisante de 2007 pour la refaire en moins bien. Bourne s’en va à nouveau dans l’obscurité, mais cette fois sans raison dramatique valable.

    Le pire : ce film aurait dû rester un fantasme de fans. Sa sortie a transformé une trilogie parfaite en franchise qui ne sait plus s’arrêter.

    Jason Bourne : L’Héritage (2012) : l’expérience Jeremy Renner injustement méprisée

    Universal ne pouvait pas laisser dormir une franchise aussi lucrative. Après le refus de Matt Damon et Paul Greengrass, le studio confie le projet à Tony Gilroy, scénariste des trois premiers films et réalisateur de Michael Clayton. Le résultat ? Un spin-off bancal mais fascinant, porté par Jeremy Renner dans le rôle d’Aaron Cross.

    Cross n’est pas Bourne. Il appartient à un programme similaire – Outcome – dont l’existence est compromise par les révélations du héros originel. Traqué par les agences gouvernementales qui veulent éliminer tous les agents concernés, il fuit aux côtés d’une biochimiste incarnée par Rachel Weisz. Leur relation, décorrélée de la mécanique trop bien huilée du thriller paranoïaque, parvient véritablement à émouvoir.

    Gilroy prend des risques. La première partie dans la neige, où Cross évolue en quasi-survivaliste sans qu’on sache grand-chose de lui, détonne. Plus tard, la scène de tuerie dans le laboratoire adopte une approche étonnamment glaçante. La caméra à l’épaule colle aux personnages, à leurs regards, à leurs doutes. Elle révèle une humanité plus à fleur de peau que dans les autres opus.

    Malheureusement, le dernier acte ronflant gâche la fête. Les usines de Manille – avec leurs ouvriers déshumanisés évoquant déjà la prison de Narkina-5 dans Andor – ne suffisent pas à compenser une course-poursuite finale trop conventionnelle. Le film méritait mieux que d’être balayé d’un revers de main.

    La Mémoire dans la peau (2002) : le brouillon qui a ringardisé James Bond

    Quand La Mémoire dans la peau débarque en salles, James Bond surfe sur un tsunami numérique affreux dans Meurs un autre jour. L’approche paranoïaque des romans de Robert Ludlum, couplée au filmage décomposé et heurté de Doug Liman, fait un choc. Ce premier volet est une véritable surprise.

    À la revoyure, le film de Liman reste un carrefour fascinant pour Hollywood. On y sent un potentiel, une germe qui s’apprête à éclore et à emporter définitivement le cinéma d’action américain vers ce que le théoricien Matthias Stork appelle le « chaos cinema » : la surcharge sensorielle plutôt que la clarté spatiale. Liman a potassé son Tony Scott, donnant à sa mise en scène cette impression de kaléidoscope qui suit le personnage dans chaque recoin du monde.

    Matt Damon impose son minois sans problème. Le film possède quelques grands moments – la poursuite à Paris notamment – mais reste un brouillon pas encore jusqu’au-boutiste. L’idéal comme porte d’entrée d’une future franchise, avant que Bad Boys 2 ou Man on Fire ne viennent transcender cette démarche.

    Universal a bien fait de confier les suites au regard plus frontal et affirmé de Paul Greengrass.

    La Vengeance dans la peau (2007) : le virtuose prisonnier de son ombre

    Troisième épisode, continuation directe de La Mort dans la peau. La Vengeance dans la peau a un problème : il existe dans l’ombre de son prédécesseur. D’où l’impression de replonger dans le même bain, avec une aventure qui réutilise les mêmes ficelles. Malgré ça, ce film reste de haute volée grâce à Greengrass, qui emballe quelques-uns des moments les plus marquants de la saga.

    La scène à la gare de Londres-Waterloo : Bourne tente de sauver le journaliste Simon Ross pourchassé par la CIA. Pendant dix minutes, le réalisateur place tous les pions pour créer un jeu du chat et de la souris d’une efficacité redoutable. Ça se termine dans le sang.

    La partie de chasse à Tanger : une bonne dizaine de minutes où le héros, dépassé par les événements (la mort de Daniels avec la voiture qui explose), essaye de reprendre le contrôle en sauvant Nicky. Course-poursuite à moto, cache-cache dans l’immeuble silencieux, baston brutale avec Bouksani. Un parfait condensé de la recette Jason Bourne.

    Ingrédient supplémentaire : l’incroyable fuite sur les toits, où Greengrass joue adroitement avec la verticalité du décor en jetant son personnage à travers les fenêtres. Le making-of révèle le sang-froid de l’opérateur caméra, qui s’est lancé dans le vide lui aussi.

    La dernière partie retombe dans les facilités. Entre le décor new-yorkais et l’obligation de boucler un minimum les intrigues, le film perd de son inventivité. Le passé de Bourne (son identité, son entrée à Treadstone, ses missions) et les magouilles au sein de la CIA restent moyennement inspirés. Le dénouement est logiquement ultra-classique.

    Le film se termine néanmoins sur une note satisfaisante avec une double rédemption : Bourne épargne Paz puis s’en va sur l’inévitable Extreme Ways de Moby. Une conclusion tout à fait réussie… jusqu’à ce qu’ils décident de refaire un film dispensable neuf ans plus tard.

    La Mort dans la peau (2004) : l’électrochoc qui a tout changé

    La Mort dans la peau et La Vengeance dans la peau sont quasiment un seul et même film. Tous deux réalisés par Paul Greengrass, leurs histoires se chevauchent : la dernière séquence de La Mort – rajoutée deux semaines avant la sortie – se déroule en réalité au milieu de La Vengeance. Ils sont entremêlés.

    Mais le deuxième épisode trône en première position parce qu’il a un avantage : c’est à partir de là que tout a basculé. Choisi par les producteurs après le choc Bloody Sunday, Greengrass change toute l’approche de l’action en mettant l’acteur et le mouvement au centre du film – et non la caméra, qui dicterait tout par son placement.

    Résultat : La Mort dans la peau est un petit électrochoc sensoriel. La caméra semble ne jamais s’arrêter, guidée par des personnages constamment en fuite. La musique de John Powell, le montage de Christopher Rouse et la photo d’Oliver Wood jouent un rôle crucial dans cet état de tension permanent. Comme si le film était un train lancé à toute vitesse.

    À condition d’adhérer au style sans avoir la nausée, l’impact est formidable. Avec le recul et après des années de blockbusters qui ont singé ces effets sans jamais les maîtriser, c’est encore plus saisissant.

    La Mort dans la peau est aussi le grand point de bascule avec la mort brutale de Marie. Oui, c’est une ficelle extrêmement basique, voire ringarde : motiver un héros en tuant sa chérie. Dommage vu le talent de Franka Potente. Mais dans une saga aux enjeux si simplets, c’était probablement le meilleur choix possible pour donner une raison d’être aux suites. La violence de la scène donne le coup d’envoi de la chasse qui s’étalera sur deux films, justifiant les décisions presque kamikazes du personnage.

    Un épisode particulièrement solide à tous les niveaux, et probablement le grand pic de toute la saga.

    Pourquoi La Vengeance a gagné trois Oscars et pas La Mort dans la peau

    Question légitime : comment expliquer que La Vengeance dans la peau ait remporté trois Oscars (montage, montage sonore, mixage sonore) alors que La Mort dans la peau n’était même pas nominé dans ces catégories ?

    La réponse tient à la politique des nominations. En 2005, La Mort dans la peau n’a reçu aucune nomination, probablement jugé trop brutal, trop nerveux pour l’Académie de l’époque. Trois ans plus tard, le style Greengrass était devenu la norme. L’Académie a fini par reconnaître ce qu’elle avait snobé.

    Ironie du sort : les Oscars ont récompensé le film qui perfectionnait une formule plutôt que celui qui l’a inventée.

    L’héritage technique : comment Greengrass a redéfini l’action moderne

    La franchise Jason Bourne a profondément modifié le paysage du cinéma d’action au XXIe siècle. Le travail sur la caméra à l’épaule, associé à un montage nerveux et à une direction artistique froide et réaliste, forge une signature originale.

    Greengrass met en place un style quasi-documentaire qui accentue tension et réalisme. Le spectateur a le sentiment d’être à la fois témoin et participant des événements. Cette esthétique a inspiré de nombreuses productions, jusqu’à influencer des univers très éloignés.

    Chaque scène d’action s’appuie sur une chorégraphie précise et un montage millimétré, signés Christopher Rouse. Efficace et lisible malgré la vitesse. La musique, à la fois entraînante et discrète, appuie cette dynamique sans jamais tomber dans l’excès épique.

    Vingt ans après leurs sorties, les films restent excellents. Rien ne choque en termes d’effets spéciaux, car il y en a finalement très peu – même si sûrement plus qu’on ne le croit. L’action « simple » (pas d’hélicoptère qui explose) mais tellement bien filmée traverse les décennies.

    Matt Damon vs Jeremy Renner : deux visions de l’agent traqué

    Matt Damon incarne un Bourne glacial, méthodique, hanté par une mémoire fragmentée. Son charisme naturel, son aura immédiate rendent le personnage attachant malgré sa violence. L’alchimie avec Franka Potente dans les premiers films apporte une touche d’humanité essentielle.

    Jeremy Renner, dans L’Héritage, propose un Aaron Cross plus vulnérable, plus émotionnel. Sa relation avec Rachel Weisz offre une densité que les films Damon n’ont jamais vraiment explorée après la mort de Marie. Renner est convaincant en successeur, mais le public n’a jamais vraiment accepté l’idée d’un Bourne sans Damon.

    Résultat : L’Héritage a engrangé seulement 276 millions de dollars au box-office mondial, contre 444 millions pour La Vengeance dans la peau et 415 millions pour le retour de Damon en 2016. Le public a parlé.

    Treadstone, la série oubliée : quand la franchise s’égare à la télévision

    En 2019, USA Network lance Treadstone, une série qui raconte les origines du programme. Annulée après une seule saison, elle n’a jamais trouvé son public. Trop dispersée, trop éloignée de l’intensité des films, elle illustre les limites de l’extension d’une franchise pensée pour le grand écran.

    La série voulait explorer plusieurs agents à travers le monde, mais sans le montage nerveux de Greengrass, sans la musique de Powell, sans l’aura de Damon, l’univers Bourne s’évapore.

    Faut-il espérer un Jason Bourne 6 avec Matt Damon ?

    Paul Greengrass a déclaré qu’un sixième film avec Matt Damon était « mal barré ». Et tant mieux. La saga mérite de s’arrêter avant de sombrer dans le ridicule. La Vengeance dans la peau offrait une conclusion parfaite. Jason Bourne a déjà piétiné cet héritage.

    Un nouvel épisode ne ferait que recycler les mêmes thèmes : la CIA corrompue, les programmes secrets, la quête d’identité. Bourne a déjà tout révélé, tout combattu, tout expié. Il est temps de le laisser partir définitivement.

    La franchise reste une réussite à tous les niveaux : films nerveux, casting resserré, action simple mais magistralement filmée, BO réussie, scènes mémorables (la gare de Londres, Tanger, Damon qui retrouve la petite fille à Moscou, l’ambassade américaine en Suisse, l’ouverture avec le repêchage de son corps dans la Méditerranée). Même les moins bons restent tout à fait acceptables.

    La saga Jason Bourne a redéfini le cinéma d’espionnage moderne. Elle n’a plus rien à prouver.

    vincent
    vincent

    Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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