
Le sexe au cinéma : un sujet délicat mais porteur, qui fait vibrer le Festival International du Film de Rotterdam (IFFR). Lors d’un panel captivant ce samedi, une équipe de réalisateurs a partagé leurs réflexions sur la représentation de l’érotisme à l’écran. Qu’est-ce qui pousse les cinéastes à explorer ces terrains parfois minés ?
Sous la houlette de Cristina Kolozsváry-Kiss, programmeuse de l’IFFR, les intervenants ont constaté une tendance fascinante : une explosion de pénis à l’écran. « Incroyable ! », a-t-elle lancé, évoquant cette montée en puissance des représentations sexuelles. Mais attention, il ne s’agit pas simplement de choquer. Ces films transforment la sexualité en un outil de déconstruction des systèmes de pouvoir bien ancrés.
Parmi les créateurs présents, Whammy Alcazaren (Noodles, Our Love Was Instant and Forever), Gavin Baird (Klee), Axelle Vinassac (Soudain l’été), et Luisa F. Gonzalez, une chercheuse et curatrice, ont échangé sur leur vision. Klee, par exemple, n’est pas qu’un film de body horror ; c’est une mise en scène dérangeante qui questionne la colonisation à travers le prisme de la sexualité. Quant à Soudain l’été, il aborde le retour dans le monde des rencontres après une rupture avec une touche d’humour et d’intimité.
Gavin Baird a partagé une réalité troublante : les films à contenu plus explicite sont souvent laissés de côté dans d’autres festivals. « Ça me profite, visiblement », a-t-il plaisanté. Les projections du passé ont parfois écarté des œuvres simples, se concentrant davantage sur l’effroi que sur l’érotisme. Alcazaren, originaire des Philippines, a évoqué les difficultés d’obtenir des projections, tandis que Vinassac a raconté son expérience avec des distributeurs qui jugeaient son film « trop explicite ».
Serait-ce la montée de plateformes comme OnlyFans et l’influence des médias sociaux qui ont nourri cette vague de contenus audacieux ? Gonzalez répond par l’affirmative. « La pornographie a toujours été là, mais cachée », a-t-elle observé. Aujourd’hui, les festivals s’ouvrent lentement à des représentations plus variées de la sexualité. Un point crucial, surtout lorsque l’on sait que le festival Porn Film Festival Amsterdam prône des projections dans des « espaces sûrs » pour élargir l’audience.
La question du sexe à l’écran engendre des défis uniques, notamment pour assurer le confort des acteurs. Alcazaren insiste sur l’importance de discussions franches. Vinassac partage ses pratiques avec l’équipe, discutant des limites avant chaque scène intime. Dans Klee, Baird a fait appel à un coordinateur d’intimité pour garantir un environnement sain : « Cela a vraiment facilité le processus ».
Et que dire des sons de l’amour ? Baird, filmant en 16mm, a dû enregistrer les bruits en studio, transformant la sexualité en une symphonie complexe. Vinassac, quant à elle, a exploré les subtilités sonores pour éviter les clichés.
Au fil des échanges, une idée s’est imposée : l’érotisme, lorsqu’il est traité avec soin, n’est pas un tabou, mais un art. L’honnêteté et la sensibilité deviennent des piliers essentiels dans cette démarche. Vinassac et Alcazaren sont d’accord : il n’y a pas de limite pour faire des films romantiques intégrant la sexualité. Le cinéma pourrait bien, à l’avenir, repenser sa définition même de l’érotisme.
Alors, imaginons un instant une industrie où l’érotisme et le respect de l’art se marient. C’est ce que ces créateurs, à Rotterdam, semblent s’efforcer de bâtir. Et vous, où vous situez-vous dans cette conversation qui bouscule les normes ?
Passionné de cinéma depuis toujours, je consacre une grande partie de mon temps libre à la réalisation de courts métrages. À 43 ans, cette passion est devenue une véritable source d’inspiration et de créativité dans ma vie.