
Dans les concessions, on entend souvent parler de chiffres et de performances, mais qu’en est-il vraiment du salaire d’un vendeur automobile ? Entre la pression du tableau de bord et le sourire aux lèvres, cette profession cache des disparités étonnantes. Combien touchent réellement celles et ceux qui négocient vos prochaines virées motorisées ?

Arriver tôt, ouvrir la concession, aligner les modèles, déjeuner sur un pouce… La vie d’un vendeur automobile, ce n’est pas vraiment celle qu’on fantasme, à négocier du cuir et des chromes sous les projecteurs. On la découvre plutôt brute, sur le terrain, entre coups de téléphone et poignées de main qui restent suspendues un temps, avant la signature.
L’argent, on en parle surtout en demi-teinte. Le salaire d’un vendeur automobile, c’est un subtil mélange : une base fixe – souvent entre 1 500 et 2 000 € brut pour un débutant dans le privé, parfois plus modeste dans le public où certains touchent l’équivalent du SMIC. Là-dessus, les primes et bonus donnent le sourire ou la grimace : personne n’aime les mois creux, ni les sourires forcés des clients sans intention d’acheter. Avec de l’expérience, on titille facilement les 2 500 à 4 000 €, certains affirment atteindre les 6 000 € brut mensuels pour les champions de la promo et de la fidélisation. Tout dépend du flot des ventes et plus encore du coup de volant au moment de négocier. On est bien loin du monde des chauffeurs VTC, dont le salaire évolue selon les heures et la ville, mais il subsiste ce même décalage entre les images et la réalité.
“Ah, un vendeur auto, il roule sur l’or, non ?” La rengaine est tenace. Pourtant, la réalité est moins rutilante. Il y a la concurrence des garages, la guerre des prix sur l’occasion, les promotions qui grignotent les marges, tout cela rend la vie moins simple. Les bonus ne tombent pas du ciel, ils sont exigeants, parfois anxiogènes à la fin du mois. Il suffit de voir le revenu d’un garagiste : difficile d’être catégorique, chacun tire sa couverture à sa façon.
Ce qui dérange : il y a de plus en plus de vendeurs qui travaillent à leur compte, en mode “freelance”. Là, tout change : c’est le chiffre d’affaires qui fait loi, et avec des hauts… de beaux voyages, ou des bas : des mois très maigres. On jongle avec la fidélisation, la prospection, la trésorerie. Pas question ici de s’offrir la paix de l’esprit : chaque client compte, chaque vente fait bouger la ligne. La pression, encore différente du stress des responsables logistiques.
Je me souviens de Sylvie, vendeuse dans une concession de province. Elle jonglait entre la table basse du showroom, les fiches clients griffonnées, et les pauses-café arrachées entre deux devis. “Parfois, j’attaque la journée sans rien au compteur, puis en deux heures, tout bascule : un couple tombe amoureux d’une citadine bleue, un retraité signe pour un break hybride. Et je sais que mon mois est sauvé.” En réalité… ce genre d’énergie, ça ne se compte pas sur la fiche de paie.
Beaucoup ne restent pas toute leur vie au compteur. L’engrenage du challenge constant lasse certains, qui prennent la route vers le management : responsable de parc, chef de vente, parfois directeur de concession. Les formations évoluent, parfois en alternance ou en reconversion : la promotion par l’alternance change le visage du secteur. On le sent tout de suite : le métier attire autant qu’il bouscule.
Ce que peu de gens voient, c’est que derrière chaque vente, il y a la gestion des papiers, la traque de la bonne option pour le bon client, une veille constante sur l’évolution des modèles, des technologies. L’auto, ce n’est pas qu’un produit. C’est un univers où il faut rassurer, expliquer, convaincre. Où le client cherche toujours à décrocher la perle rare, le petit plus, la ristourne ou l’équipement qui le fera chavirer.
C’est là que ça devient intéressant. L’argent, le plaisir du deal, la satisfaction du client, l’épuisement de la fin de mois… tout se mêle, jamais tout à fait stable. Sur cette route, chacun se bricole une trajectoire unique.
Le plus surprenant : certains s’attachent à la mécanique des relations plus qu’aux chiffres sur le bulletin. À la fin, c’est peut-être ça, la vraie valeur ajoutée du métier.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.