
On croit souvent que l’animation auprès des seniors, c’est juste de la bonne humeur et du partage. Pourtant, le métier d’animateur en gérontologie implique aussi une réalité bien concrète : son niveau de rémunération, loin d’être uniforme. Combien gagne-t-on vraiment quand on accompagne le quotidien des aînés ?

On franchit la porte d’un EHPAD, deux, quelquefois une salle commune, des regards qui expectent la prochaine animation. Derrière la guitare ou l’atelier peinture, il y a ce métier dont le revenu intrigue. L’animateur en gérontologie n’est ni éducateur, ni pur soignant, ni simple animateur polyvalent. Qui paye ce temps d’écoute, cette patience, ces idées qu’il faut sans cesse renouveler pour les aînés ? Le secteur public, le privé, ou parfois personne—du moins pas assez.
Souvent, le chiffre brut résonne sans écho : 1 500 euros, 2 000 parfois, mais ce qui compte, c’est la variation entre les structures. Dans le public, un démarrage autour de 1 500 € bruts, la promesse d’un avancement tranquille, si l’on ose les concours territoriaux, et, avec l’expérience, un plafond… disons modeste (aux alentours de 2 100 euros, rarement bien au-delà). Dans le privé, le spectre s’élargit – chez certains groupes privés ou associations actives, on dépasse plus facilement les 2 000 €, jusqu’à 2 500 euros, selon l’audace de l’établissement ou les compétences affichées du candidat.
On croit parfois que lancer son activité en indépendant, c’est la promesse de journées choisies, de rémunérations plus élevées, et de reconnaissance. En réalité, la liberté a un prix : entre 20 et 40 euros de l’heure s’affichent sur les grilles, mais il faut trouver les clients, courir d’un foyer à l’autre, vendre ses propres ateliers… Ce que peu de gens voient, c’est le travail d’approche, la prospection presque silencieuse, l’incertitude entre deux contrats.
On le sent tout de suite, le grand écart : la joie du résident, l’effort pour animer, et pourtant, certains collègues vous voient comme un « gentil organisateur », à la marge du soin, presque invisible dans le organigramme. Ce qui est étrange, c’est le décalage entre la réelle importance sociale du métier et la reconnaissance (financière, institutionnelle).
Avec l’expérience et une soif de formation continue, on peut viser plus loin. Chef de service, directeur d’établissement, voire formateur (un sujet d’ailleurs développé sur NR Magazine). Mais pour la majorité, le chemin est flou, les passerelles pas toujours en bon état, et souvent, le changement passe par la volonté, voire l’usure.
L’animateur spécialisé peut-t-il réellement augmenter ses revenus? Le secteur privé fait miroiter des perspectives de progression, la possibilité de s’investir dans des projets différents. Pourtant, nombreux restent dans le public pour la stabilité—et l’espoir, parfois déçu, d’une évolution sécurisée (à condition d’enchaîner concours et certifications).
Marion, 42 ans, me racontait ce matin : « J’ai accepté un poste en clinique privée—le salaire était plus fort, mais j’ai perdu mes repères. Finalement, je suis revenue dans une petite résidence associative… je gagne moins, mais j’ai retrouvé du sens. » C’est là que ça devient intéressant. Le revenu ne fait pas tout mais oriente, forcément.
On compare parfois avec d’autres métiers, les caristes ou les auxiliaires, des fiches remarquablement détaillées sur des sites comme NR Magazine. On s’aperçoit que la pénibilité, la précarité, la diversité des tâches ne riment pas toujours avec reconnaissance, encore moins avec proportionnalité dans le bulletin de salaire.
Ce que peu de gens disent, c’est la raison profonde du maintien dans ce métier : la passion de transmettre, l’envie de changer des vies même avec des moyens réduits. Et parfois, entre deux animations, on se surprend à rêver d’un autre système où l’on paierait enfin à leur juste valeur ceux qui réveillent la mémoire des anciens.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.