
Derrière chaque palette qui circule dans un entrepôt, il y a un cariste dont le revenu ne prend rien pour acquis. Autour d’eux, tout se joue sur l’expérience, la formation, quelques primes parfois. Ce qui fait vraiment la différence dans leur fiche de paie réserve parfois quelques surprises.

On entre dans un entrepôt, l’air poussiéreux, un ballet de caristes en gilets fluorescents s’orchestre dès sept heures. Il y a le bruit sec des palettes qui s’empilent, le cliquetis régulier des scans, le regard des chefs qui ne rate rien. Du SMIC, souvent, un peu plus parfois, rarement beaucoup plus au début. Les chiffres sont bruts, comme le geste : autour de 1 700 euros brut pour démarrer dans le privé. Dans le public, ça tangue légèrement, selon les grades, entre 1 600 et 1 800 euros généralement. On n’en parle jamais dans les livres d’économie ; ici, chaque hausse de cent euros fait la différence sur le ticket de caisse.
Pour devenir cariste – ce mot qui rime avec gestes précis et vigilance – il faut décrocher un CACES. Une formation, une certification, qu’on renouvelle. Ça ne décolle pas sans. On lit des bons de commande, on déchiffre les bordereaux, tout en gardant un œil sur la sécurité. Un carton qui glisse et tout s’arrête. On retrouve ce genre d’obligation aussi chez d’autres métiers, comme chez les électriciens ou les agents de sécurité : la sécurité d’abord, question de bon sens, question d’argent aussi.
On entend tout le temps que la manutention c’est un boulot où on plafonne vite, que le salaire ne décolle pas et que ça s’arrête là. Ce n’est pas totalement vrai. Ceux qui alignent les années, qui passent des spécialisations dans la logistique alimentaire ou pharmaceutique, voient leur fiche de paie boursoufler un peu plus au fil du temps. La fiche de paie, ce baromètre intime : certains caristes chevronnés touchent 2 200 euros, un peu plus parfois. Les nuits, les samedis, tout compte, tout s’additionne, jusqu’à la prime d’ancienneté, la prime d’équipe. Des petits plus qui pèsent lourd sur le mois.
Ce que peu de gens voient, c’est que tout le monde ne joue pas avec les mêmes cartes. Dans certaines régions, un cariste peine à dépasser le SMIC, même avec toutes les formations. À l’autre bout du spectre, dans une plateforme logistique régionale d’envergure, un cariste peut presque doubler son salaire uniquement grâce aux astreintes. C’est là que ça devient intéressant : la taille de la boîte, la qualification, le réseau, chaque détail compte. Pour ceux qui se mettent à leur compte, en freelance, c’est encore une autre danse – les tarifs fluctuent, la sécurité de l’emploi vacille, parfois mieux, parfois plus fragile.
Il y a cette femme, Mireille, qui tous les matins prend son service à l’aube. Vingt ans dans la même entreprise logistique, passée du simple cariste au chef d’équipe, parce qu’elle a su lire entre les lignes, ajouter des certifications, saisir les occasions. Son salaire a suivi, doucement, sûrement. Elle le dit sans forfanterie : “C’est pas du rêve, mais c’est juste.” Dans sa voix, une fierté simple. On le sent tout de suite : le salaire, ici, il n’est jamais anodin.
Souvent, c’est la formation continue qui trace la différence sur la fiche de paie. Le bac pro logistique, passerelle vers d’autres missions, donne accès à un deuxième étage au-dessus du CACES. Certains se lancent dans la gestion des stocks, d’autres partent vers la supervision d’équipes. Une formation, parfois, pour apprendre à manier d’autres engins, une autre pour comprendre la gestion des flux – à l’image de ce qui se passe avec les nouvelles compétences numériques et la polyvalence recherchée un peu partout. L’argent suit rarement la première fois, mais finit par rattraper l’effort.
On croit souvent que la progression s’arrête, que la routine de l’entrepôt tue toute ambition. Ce qui est étrange, c’est qu’en grattant un peu, nombre de caristes aspirent à grimper, à passer chef d’équipe, voire gestionnaire – un métier pas si éloigné du gestionnaire de patrimoine sur certains aspects, la pression en moins, les chiffres en plus concret. Ne jamais se fier aux apparences, ici non plus.
En réalité, parler du salaire des caristes, c’est surtout parler de reconnaissance, de la place donnée à l’effort quotidien. Ceux qui accumulent les années, les formations, engrangent un peu plus chaque mois et s’offrent de vraies perspectives d’évolution. À l’image d’un animateur en gérontologie, la passion du métier peut faire avancer progressivement, pas à pas. Le revenu, ici, c’est un chemin. Pas une destination figée.
Chaque palette déplacée, chaque prime, chaque nuit travaillée écrit une part discrète mais tenace de notre économie. Ce qui est étrange, c’est que personne ne s’en souvient vraiment tant que tout roule sans accroc – mais le jour où une chaîne se fige, on découvre vite l’importance de ceux qui déplacent, sans bruit, tout ce qui nous fait vivre.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.