
Remplir le livret 1 pour la VAE d’aide-soignante ressemble souvent à un premier rendez-vous : il faut se montrer sous son meilleur jour, sans rien oublier d’important. Ce dossier n’est pas seulement administratif, il pose les bases de votre parcours devant un regard extérieur. Et si chaque détail comptait plus qu’on ne l’imagine ?
On ouvre le Livret 1 entre deux services, un coin de table, un carnet de paie écorné et beaucoup d’hésitations. Parfois, on le commence sur un bout de temps volé lors de la pause, entre les conversations à voix basse autour du café tiède. Le dossier de recevabilité — ce mot paraît intimidant, presque administratif à l’excès — est simplement le premier pas vers la validation officielle de ce qu’on a déjà donné au métier.
On ne vous demandera pas ici d’être parfait, juste d’être vrai. Livret 1, “dossier de recevabilité”… il ne s’agit pas de raconter toute sa vie ni d’épater par du vocabulaire. C’est une vérification : avez-vous travaillé au moins 1 an (1607 heures, mais qui compte vraiment à l’heure près dans ces métiers-là ?) dans un environnement de soin ? Salarié, bénévole, peu importe. On cherche à croiser votre vécu, vos contrats et vos horaires avec l’attente d’un diplôme, le DEAS.
Ce dossier, c’est aussi répondre à cette question : votre parcours résonne-t-il assez fort avec ce que le métier attend sur le papier ? Agents de service, auxiliaires de vie, accompagnateurs sociaux… nombre d’entre vous hésitent, ne se sentent pas “légitimes”. Erreur courante : croire qu’il faut avoir tout vu, tout fait. La réalité ? Les missions, même humbles, même fragmentées, comptent si vous savez les raconter avec précision.
On entend souvent : “je n’ai pas tous les diplômes, ma parole ne vaut rien face à des années d’études”. Ou encore : “mon bénévolat, ça ne compte pas, c’est juste du don de soi”. C’est faux, et c’est là que beaucoup passent à côté de leur recevabilité. Ce que peu de gens voient, c’est que le jury regarde d’abord la diversité et l’intensité de l’expérience, pas la perfection. Un parcours cabossé, marqué par le temps partiel, les remplacements, peut être aussi robuste aux yeux du jury qu’une carrière bien linéaire.
La VAE n’est pas réservée aux parcours classiques et officiels. Paradoxalement, elle valorise “l’inattendu”, ce qui sort des cases habituelles du cursus.
Le Livret 1 doit être complet, précis : on coche les cases, on déroule ses missions, on joint preuves et attestations… mais ceux qui évaluent derrière leurs bureaux recherchent ce qui fait sens. Trop de candidats envoient un récit trop propre, gommé des aspérités. La nuance dérangeante : un dossier trop lisse se sent, et laisse planer le doute sur la réalité de l’engagement.
C’est là que ça devient intéressant. La sincérité, c’est décrire ce geste banal — préparer un plateau repas pour une résidente diabétique — et l’assumer. Ce lien tissé avec une famille inquiète, cette façon de gérer une urgence sans jamais hausser la voix : ce sont des compétences aussi précieuses que n’importe quelle fiche technique.
J’ai rencontré, lors d’une enquête, une femme ayant passé 8 ans entre deux EHPAD, sans jamais se présenter comme aide-soignante officielle. Elle n’avait dans ses poches que quelques attestations, des bulletins de salaire dispersés, et le sentiment que ça ne suffirait jamais. Elle a rempli son Livret 1 en notant chaque service rendu, chaque visage croisé. Ce qui est étrange, c’est que la validation n’est pas venue d’une mission exceptionnelle, mais d’une simple attestation manuscrite d’un ancien collègue qui précisait : “On pouvait toujours compter sur elle pour rassurer les patients en pleine nuit”.
Rassembler ses preuves, classer ses attestations, écrire pour chaque expérience vécue : contexte, tâche, apprentissage. Ce n’est pas seulement chronologique, c’est mettre en lumière ce qui, dans le quotidien routinier du soin, forme une compétence solide. Certains s’aident même de ce type d’inventaire pour d’autres diplômes. Un livret 1 frappant, c’est un dossier qui, dès la première page, fait comprendre qui vous êtes… stress, fatigue et engagement compris.
On le sent tout de suite : livret trop flou, missions résumées en quelques lignes, aucune preuve tangible. Il manque des bulletins de salaire, des attestations disparues… Là, oui, le dossier peut passer à la trappe. Ce que le jury veut attraper, c’est votre patte, ce qui fait de vous un soignant(e) et pas seulement une “aide” invisible du système. Les compétences relationnelles, le savoir tenir une main qui tremble ou apaiser un mal invisible, tout cela doit avoir sa place, et souvent, c’est oublié.
Accepter d’être accompagné n’est pas un aveu de faiblesse. Se faire relire, coacher, parfois réécrire après un refus. Beaucoup hésitent, mais s’y retrouver seul face au jargon administratif ne favorise pas le courage. En réalité, c’est souvent ce recul extérieur qui révèle la vraie valeur d’un parcours. L’accompagnement permet de respecter les délais parfois étirés entre dépôt de dossier et réponse – six mois, un an – et d’anticiper l’étape suivante, le Livret 2, où l’on rentre enfin dans le détail du métier.
Faire le tri dans sa mémoire, mettre en lumière ce qui compte — trop vécu pour tout écrire, trop de subtilités pour le résumer en cases à cocher. C’est dans cet équilibre qu’on fait une vraie place à sa voix, à sa pratique. Ne pas tricher sur ce qu’on n’a pas fait, mais ne pas minorer non plus tout ce qu’on a enduré ou appris à la dure.
À la toute fin, ce Livret 1 voyage jusqu’à l’autorité compétente, sans bruit. Parfois, la réponse tarde, et l’avenir s’étire derrière une décision administrative, attendue entre deux gardes. Mais lorsque la réponse est favorable et qu’on attaque le Livret 2, la perspective change : ce n’est plus seulement un dossier, c’est la reconnaissance de ce que l’on est déjà, sans diplôme mais pas sans valeur.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.