
On soigne, on accompagne, on joue, on console… mais combien gagne-t-on vraiment dans ces métiers de la petite enfance ? Les chiffres parlent parfois moins fort que les sourires des enfants. Pourtant, entre secteur public et privé, les différences de salaire réservent quelques surprises.

On pénètre dans une crèche, l’odeur du lait chaud, les voix flûtées des enfants, le couloir trop étroit pour contourner la poussette supplémentaire. Auxiliaire de puériculture, voilà un mot presque doux à l’oreille… Mais sur la fiche de paie, la réalité peut sonner différemment. Peu s’imaginent le quotidien, et moins encore ce que cela rapporte. Nappes plastifiées, couches à changer, discussions avec les parents le matin et le soir, mains lavées à la chaîne, rires, parfois pleurs… Le salaire, lui, ne change pas aussi vite que les petits grandissent.
Difficile de mettre tout le monde dans la même case : secteur public, secteur privé, poste à domicile… Les chiffres bougent, oscillent, parfois déçoivent. Un débutant dans une structure publique touche en moyenne 1 600 euros brut, soit autour de 1 250 euros nets. L’évolution se fait, il faut des années, patience et dévouement : après quinze ans, le salaire approche 2 200 euros brut, environ 1 750 euros nets. On espère plus ? Il y a le privé, où la fourchette grimpe, parfois généreuse pour un profil recherché : 1 800 à 2 000 euros brut pour les premiers pas, environ 1 400 à 1 600 euros nets. Avec l’expérience, il n’est pas rare de tutoyer les 2 500 euros brut (soit près de 2 000 euros nets).
Sur ces ponts entre public et privé, on peut d’ailleurs jeter un œil sur d’autres professions de la petite enfance, comme le revenu d’un éducateur ou d’un aide-soignant. Les comparaisons fusent, parfois au café, parfois devant la photocopieuse.
Beaucoup s’imaginent que l’on « gagne bien sa vie » dès qu’on travaille avec les enfants, que la tendresse se monnaie comme une compétence précieuse. En réalité… le soin, l’écoute, la disponibilité, tout cela s’efface parfois derrière une grille indiciaire figée. Ce que peu de gens voient, c’est la différence entre une auxiliaire en mairie et sa collègue dans une crèche privée sous convention.
Ailleurs, certaines choisissent la voie du domicile, à mi-chemin entre auxiliaire et nounou ; c’est variable, incertain, tarif horaire négocié à la louche. Rien n’est aussi cadré, et le revenu dépend de chaque famille, du quartier, de la chance. Le freelance, ici, rime surtout avec adaptation permanente.
Souvent, on cherche la stabilité, mais on oublie que derrière le salaire d’une auxiliaire de crèche, il y a la reconnaissance sociale… parfois absente. Le plafond de verre de 2 000 euros — ce seuil magique à atteindre — fait rêver beaucoup. Mais ce qui est étrange, c’est qu’en dépit du rôle fondamental, la reconnaissance pécuniaire demeure, elle, marginale.
Corinne, 42 ans, quinze années passées dans la même crèche municipale, raconte : « On commence tôt, on finit tard, avec la fatigue sur les bras, et puis les augmentations… faibles. Mais le matin, le sourire d’un petit qui progresse fait passer la pilule. Mais parfois, oui, je regarde ailleurs, je me demande si je ne devrais pas viser la direction, ou même reprendre des études. » Peu ose en parler à voix haute — peur de passer pour ingrate, alors que les fins de mois sont tendues.
Ce que peu de gens voient, c’est la possibilité d’évoluer. Formation complémentaire, spécialisation auprès des enfants porteurs de handicap ou en pédopsychiatrie ; quelques années d’expérience, et la porte s’entrouvre vers des postes de responsable, d’éducatrice spécialisée ou de monitrice-éducatrice. C’est là que ça devient intéressant : la paye suit, parfois. Le choix de devenir psychoéducatrice, ou de travailler dans des CAMSP (centres d’action médico-sociale précoce) : on découvre alors qu’il existe d’autres horizons, d’autres rémunérations, avec leur lot de contraintes.
On le sent tout de suite, ce n’est pas un métier pour s’enrichir, mais la vocation est si forte qu’elle fait oublier, parfois, le poids du compte en banque. Le piège, ce serait de juger ce travail à l’aune du seul salaire ; derrière chaque chiffre, il y a la fatigue, la tendresse, les doutes, la fierté. Ce qui est étrange, c’est que dans les conversations sur la rémunération, on finit par parler d’autre chose, de sens, de reconnaissance, d’avenir.
Parfois, un sourire d’enfant vaut plus qu’une prime annuelle. Pourtant, la question des revenus, elle, ne devrait jamais être taboue.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.