
Derrière le mot « éducateur », il y a bien plus que la vocation. Les chiffres du métier interrogent souvent, entre passion, dévouement… et réalité du bulletin de paie. Savez-vous ce qui sépare un salaire public d’un privé, ou combien gagne un indépendant après quelques années ?

Un couloir d’hôpital qui résonne des pas vifs d’une équipe, une salle de classe joyeusement bruyante, ou le silence d’un foyer en fin d’après-midi… Partout où l’humain vacille, il y a souvent un éducateur qui tente d’allumer une lumière. Pas pour donner des leçons, mais pour accompagner, réparer, parfois tout simplement écouter. Leur terrain, c’est celui des vies cabossées, des démarrages compliqués, de l’âge qui isole. Ils tiennent la main ou se mettent en retrait, selon le moment. Ce rôle s’inscrit dans la durée, avec des histoires qui ne se terminent jamais vraiment.
Sous les néons froids d’un bureau de l’administration ou lors d’une pause café à la maison de retraite, la question du salaire revient souvent, mine de rien, entre collègues. Un éducateur spécialisé démarre sa carrière à 1800 à 2200 euros brut par mois dans le public. En avançant, avec de la bouteille, les chiffres montent, mais pas de quoi bouleverser la hiérarchie sociale : jusqu’à 3000 euros brut mensuels pour les plus expérimentés. Les éducateurs de jeunes enfants, souvent femmes, subissent la même règle du “ça va avec la vocation”, oscillant entre 1700 et 2700 euros. Pas question ici d’un salaire mirobolant à la 2 000 euros étincelants, plutôt une progression lente, un mille-feuille réglementaire.
On croit parfois que passer du côté privé récompense mieux. Pourtant, le privé ne suit pas forcément. Les éducateurs y débutent souvent sous les 2 000 euros brut, plafonnant à un rythme tranquille. Certaines associations jonglent avec les subventions et serrent la vis. L’argent, là aussi, reste discret : comparez d’ailleurs avec d’autres métiers du secteur médico-social, le constat est semblable. Parfois la passion fait le reste, car sur la fiche de paie, l’orgueil n’a pas sa place.
On pourrait croire qu’en se lançant seul, la liberté s’achète. Calcul rapide : un tarif horaire de 30 à 60 euros de l’heure, ou 200 à 450 euros la journée pour un indépendant. Mais c’est oublier que la liberté se paie : moins de sécurité, des périodes vides, la quête de clients qui fatigue autant que le quotidien auprès des familles. Frais de transport, matériel, comptabilité… L’air de rien, le revenu réel fond, laissant parfois un goût amer.
Il flotte autour de ce métier une idée reçue tenace : le salaire traduirait la valeur sociale. En réalité, le besoin est immense, mais la reconnaissance est rare. Le travail touche au sensible, à l’intime, et ça, on a du mal à le chiffrer. Personne n’évoque les heures déguisées en bénévolat, le coup de fil après le dîner, la veille de week-end. Même au sein d’une grille salariale, il y a du “hors champ”, celui qui n’agit que par conviction.
Sous les rapports d’activités parfaits, la précarité ronge : contrats courts, postes partagés sur plusieurs structures, fatigue qui use vite. Salaires en dents de scie, surtout pour les débutants. Pas de ticket d’or : même les aides-soignants ou AMP partagent ce même horizon. Derrière l’écran d’une fiche de poste, la réalité sonne plus rude.
Il y a Marc, éducateur technique spécialisé depuis douze ans. Démarrage difficile, puis les responsabilités, une équipe à gérer, et parfois, une prime inattendue. Il regarde en arrière, se dit que le salaire n’a pas suivi son engagement, mais que la transformation de certains jeunes, elle, vaut plus cher que tout. C’est là que ça devient intéressant : la valeur n’est pas qu’un chiffre mais un chemin.
On parle souvent d’évoluer : coordinateur, chef de projet, responsable de service. Oui, il y a une échelle, mais la tête de la pyramide n’accueille pas tout le monde. Certains décrochent, se forment autrement, bifurquent, car avancer signifie aussi chercher du sens ailleurs. Plus d’années, plus de responsabilités, mais combien de reconnaissance en plus ? Le salaire gonfle, mais le vécu pèse parfois plus lourd.
S’imaginer que ces métiers s’adressent à ceux qui “n’ont pas peur de l’humain” gomme la réalité : ils composent avec la détresse et l’ingratitude, souvent sans parapluie financier. Changer de secteur, parfois, c’est juste survivre.
Il faut oser parler salaire, sans rougir, ni mêler la vocation à l’illusion de la compensation financière. Ce que peu de gens voient, c’est que derrière le sourire de l’éducateur, il y a la fatigue, la patience, mais surtout une envie farouche de rendre le monde plus accessible à ceux qu’on laisse sur le bord du chemin.
Souvent, le vrai salaire, c’est la trace invisible laissée dans la vie de ceux que l’on accompagne.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.