
La cinquième saison de la série You débarque sur Netflix pour clôturer l’histoire tortueuse de Joe Goldberg, ce personnage en apparence charmant mais profondément sombre. Après des épisodes aux allures parfois inconsistantes, cette ultime saison s’emploie à ramener le drame au cœur de la série, recentrant l’intrigue vers un suspense plus sobre, mais tout aussi intense. Retour sur cette dernière livraison qui oscille entre défauts hérités et maturité narrative, et qui s’inscrit fermement comme un regard lucide sur le toxicité des relations et la complexité des désirs humains.
Lorsque la série You a été lancée, elle avait frappé fort avec une proposition audacieuse : plonger au cœur d’un esprit psychopathe pour mieux dépeindre la violence insidieuse du contrôle dans les relations. Joe Goldberg, incarné par Penn Badgley, n’était pas un monstre caricatural, mais un homme banal dont les pensées obsessionnelles deviennent terrifiantes. Pourtant, après quatre saisons marquées par des prises de risque audacieuses souvent inégales, la saison 5 se concentre à nouveau sur ce que la série faisait de mieux, en adoptant un angle plus réaliste et sérieux.
On y retrouve les éléments majeurs qui avaient fait le succès initial : la tension émanant de chaque interaction, le regard perçant jeté sur les mécanismes de la manipulation, et ce regard intérieur permanent transmis par la voix off de Joe. Toutefois, cette dernière saison évite de céder à la tentation de glamouriser son anti-héros, en le ramenant à la brutalité cachée derrière le masque du gendre idéal. En somme, You saison 5 revient à son essence, en livrant un thriller psychologique où les enjeux dramatiques sont enfin priorisés sur l’esthétisme ou le sensationnalisme.
En cela, la saison corrige certains excès précédents, notamment le virage parfois caricatural pris dans la saison 4, où Joe était presque présenté comme un anti-héros malgré ses actes effroyables. Ce retour à la rigueur narrative confère à cette dernière saison un poids émotionnel plus tangible, en remettant le spectateur face aux vrais enjeux du drame : la vie brisée des victimes et le poids du traumatisme.
Dans cette saison 5, le jeu des acteurs tient une place primordiale. Penn Badgley continue d’impressionner par sa faculté à rendre Joe à la fois séduisant et terrifiant. Néanmoins, c’est Charlotte Ritchie, revenue de la saison précédente, qui confirme son statut d’atout majeur, apportant une profondeur singulière et un charme sophistiqué à son personnage. Elle incarne à elle seule une dynamique qui dépasse celle centrée sur Joe, esquissant une sororité complexe entre les femmes de la série qui gagne en épaisseur.
La nouveauté de la saison, Madeline Brewer, joue Bronte, la nouvelle obsession de Joe. Bronte est un personnage aux multiples facettes, bien qu’écrit de manière parfois inégale, qui cristallise le conflit entre l’attraction et la menace. Son arc narratif, qui évolue au gré des retournements de situation, révèle une tension dramatique forte, même si le scénario semble la modeler au gré des besoins du récit. Le personnage est ainsi à la fois victime, manipulatrice et parfois ambigüe, incarnant dans cette dernière saison la complexité des relations toxiques et la fragilité des jeux de pouvoir.
Ce casting, renforcé par des rôles secondaires bien ciblés, fait de cette saison un espace où les émotions s’expriment avec une intensité rare, rendant chaque dilemme presque palpable pour le téléspectateur.
Dès le début, la narration en voix off s’était imposée comme la signature de You. Elle avait l’audace d’emporter le spectateur dans la tête même d’un tueur, une tactique risquée pour conserver la tension sans basculer dans la simple justification. Cette technique, si essentielle dans les premières saisons, est cette fois employée avec plus de précaution et à double tranchant.
Dans cette saison 5, on observe plusieurs mouvements autour de la voix off :
Cette double-voix sert intelligemment la critique sous-jacente de la série : le contrôle par la parole, la manipulation des récits, et surtout l’auto-illusion dans laquelle Joe s’enferme. Elle permet à la fois d’illustrer la perte de repères du personnage et d’explorer les conséquences de ses actes avec plus de nuance. À la différence des saisons précédentes, la voix off ne cherche plus à nous faire sympathiser avec Joe, mais à dévoiler l’ampleur tragique et grotesque de ses délires. Ce traitement apporte une fraîcheur bienvenue dans l’approche du drame psychologique.
Le retour de Joe à New York sous son véritable nom, fragile et exposé, crée une dynamique narrative et dramatique originale. La ville devient plus qu’un simple décor : elle est un enjeu à part entière, un espace à la fois familier et menaçant où Joe est reconnu, observé, et où il doit composer avec son passé et ses nombreux ennemis. Cette recomposition spatiale offre au drame un souffle réaliste qui manquait aux saisons précédentes, souvent dispersées dans des lieux trop exotiques ou secondaires.
Cette réimplantation dans la capitale américaine souligne la thématique principale du retour à la réalité, qui structure l’ensemble de la saison :
Au fond, cette remise en contexte géographique facilite un traitement plus réaliste des enjeux, un rafraîchissement très attendu qui donne plus de crédibilité à la narration et intensifie la suspension d’incrédulité du téléspectateur.
Peut-être plus que jamais, la saison 5 de You donne voix et place à ses personnages féminins, prenant ainsi une direction plus engagée dans son drama conversationnel sur le féminisme et la violence de genre. L’intrigue propose une alliance progressive et parfois conflictuelle entre plusieurs femmes autour de Joe, qui reflète un concept de sororité à la fois réaliste et émouvant.
Dans cette dynamique, on remarque :
Cet aspect est un vrai point fort de la dernière saison : ce ne sont plus les pensées de Joe qui dominent, mais les voix multiples des femmes qu’il a croisées, blessées, et parfois privées de leur histoire. Cette réappropriation narrative est un souffle puissant dans un drame souvent centré sur un homme toxique, qui rappelle à quel point le récit peut se renouveler en laissant la place aux victimes pour raconter l’histoire.
Bien que cette dernière saison soit saluée pour son retour à la rigueur du drame et du suspense, elle n’échappe pas à quelques incohérences et facilités d’écriture, qui entachent parfois l’expérience globale. Plusieurs éléments paraissent tirés par les cheveux, notamment concernant certains retours ou le profil des nouveaux personnages. Par exemple :
Ces paradoxes montrent que, malgré sa volonté de renouer avec un drame réaliste et réfléchi, la série peine encore à se détacher totalement de certains automatismes qui ont caractérisé ses saisons précédentes. Néanmoins, la qualité montante du scénario et l’ensemble solide des personnages aident à maintenir un équilibre certain, qui soutient l’intérêt jusqu’au bout.
L’ultime épisode de la saison 5 de You est l’expression la plus achevée de la volonté du show de clore cette saga sur un message fort, loin des fantasmes de rédemption ou de grandeur. Le récit se dénoue dans un silence oppressant, symbolisant la disparition progressive de Joe du récit et de la mémoire collective.
Cette fin est d’autant plus puissante qu’elle brise la méthode narrative clé de la série : la voix off disparaît, coupant l’accès immédiat aux pensées tordues de Joe. En privant le personnage de ce filtre intérieur, le show en fait une figure pathétique, presque ridicule, loin des figures tragiques ou romantiques qu’il s’est construites jusque-là. Ce geste audacieux bouleverse la réception du personnage :
Cette conclusion donne ainsi à You saison 5 une élégance rare et un poids émotionnel difficile à dissiper, rappelant que le cycle s’achève non sur un triomphe du personnage principal, mais sur son effacement dans une réalité qui ne pardonne pas. Ce final invite à repenser l’ensemble de la série à travers une lecture critique et à redécouvrir la valeur pédagogique que le show avait amorcée dès ses débuts.
Pour conclure, cette dernière saison de You sur Netflix est un exemple de comment une série peut se réinventer pour clore son histoire avec force et intelligence. Malgré les imperfections que nous avons évoquées, cette saison renouvelle le drame et le suspense autour de personnages complexes, offrant des moments de véritable émotion et de réflexion. Elle donne une voix aux victimes et refuse la glorification du tueur, un choix risqué mais salutaire.
Son retour à New York, la montée en puissance des personnages féminins, la complexité des rebondissements, et surtout la conclusion silencieuse apportent une forme de catharsis aux spectateurs et un dernier avertissement essentiel sur les dangers de la domination masculine et des relations toxiques. Si vous cherchez une série qui interroge avec rigueur, qui nourrit la tension tout en offrant un regard critique sur ses propres défauts, c’est assurément celle-ci qu’il faut regarder.
Avec son final contemplatif et sa remise en question colossale, cette saison 5 signe une fin de série réussie qui sort du lot des productions parfois surproduites ou diluées. Pour en savoir plus sur les phénomènes culturels et la qualité des séries actuelles, n’hésitez pas à lire également notre critique d’Adolescence sur Netflix, ou notre analyse des enjeux dans la franchise Gardians de la Galaxie 3.
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