
Deux sorties françaises le 30 septembre 2026, deux stars, deux personnages qui voudraient décider seuls de ce qui est vrai. Dans Digger, un magnat du pétrole se rêve sauveur après avoir provoqué une catastrophe. Dans Verity, une romancière laisse derrière elle un manuscrit qu’il serait peut-être imprudent de croire.
Le rapprochement a l’air forcé? Pas tant que ça. Tom Cruise a passé des années à jouer l’homme qui reprend le contrôle quand tout déraille. Anne Hathaway incarne ici une autrice dont le métier consiste précisément à fabriquer des histoires. L’un veut imposer sa version des faits à la planète, l’autre à ceux qui entrent dans sa maison. Et Hollywood, au passage, teste quelle histoire nous fera acheter un billet.

Après Mission : Impossible - The Final Reckoning, Cruise retrouve le grand écran sous la direction d’Alejandro G. Iñárritu. Il joue Digger Rockwell, un patron du pétrole dont l’entreprise déclenche une catastrophe climatique au Groenland. Son réflexe n’est pas de se faire discret : il entreprend de convaincre le monde qu’il est l’homme de la situation. Sandra Hüller, Riz Ahmed, John Goodman et Jesse Plemons complètent la distribution.
Voilà le contre-emploi. Ethan Hunt assumait les conséquences d’une mission impossible; Rockwell voudrait en sous-traiter la faute tout en gardant les applaudissements. Le héros devient le problème. Ce n’est pas seulement une vanne sur les milliardaires mégalomanes. C’est aussi une manière de retourner contre Cruise sa propre image d’acteur capable, à l’écran, de régler n’importe quelle crise à force de volonté et de mâchoire serrée.
Cette ambition ne garantit pas un film réussi. Les premières réactions divisent, comme le relevait déjà NR Magazine avant la sortie de Digger. La critique de CBC News publiée le 29 septembre salue Cruise, mais décrit une satire qui peut aussi exaspérer. On peut trouver le projet audacieux et se demander si la démonstration ne finit pas par prendre toute la place. Les deux idées tiennent dans le même fauteuil de cinéma.

Dans le film de Michael Showalter, Dakota Johnson interprète Lowen Ashleigh, une écrivaine engagée pour achever les livres de Verity Crawford, autrice à succès jouée par Anne Hathaway. Lowen s’installe auprès de la famille Crawford, découvre un manuscrit troublant et se rapproche de Jeremy, le mari incarné par Josh Hartnett. Le nœud du thriller est là : un texte intime dit-il la vérité parce qu’il se présente comme tel?
Le rôle de Hathaway ajoute une couche de malice au dispositif. Verity écrit des fictions et devient elle-même un personnage que les autres tentent de déchiffrer. Lire ne suffit plus; il faut décider qui gagne à être cru. Dans un entretien accordé à Reuters le 25 septembre, Dakota Johnson explique que le spectateur cherche constamment qui dit vrai et qui joue le « gentil » ou le « méchant ». C’est une formule de promotion, certes, mais elle décrit bien le ressort du film : chaque réponse possible compromet la personne qui la donne.
Les budgets rendent ce duel moins anecdotique qu’une bataille d’affiches. Selon Variety, Verity a coûté environ 40 millions de dollars à produire. Warner Bros. avait donné son feu vert à Digger pour 125 millions; quatre sources citées par le magazine estiment que la facture a ensuite grimpé entre 160 et 180 millions, ce que le studio conteste. Pour le premier week-end nord-américain, Variety avançait le 30 septembre des prévisions de 30 à 35 millions de dollars pour Verity, contre 12 à 15 millions pour Digger. Ce sont des projections, pas des recettes acquises.
Pourquoi le thriller part-il favori malgré le nom de Cruise? Il ne faut pas transformer une tendance en loi universelle, mais deux recherches aident à comprendre le pari. Une étude présentée en mai 2025 par l’UNSW Business School, fondée sur 330 films américains, observe que les conversations suscitées avant la sortie sont davantage associées aux recettes du premier week-end que les seules recherches en ligne ou les vues de bandes-annonces. Une autre étude, portant sur 220 films chinois sortis entre 2020 et 2024, constate que l’effet de la popularité des acteurs s’affaiblit au fil des semaines, tandis que les avis du public prennent du poids. Aucun de ces travaux ne prédit le score de nos deux films. Ils rappellent simplement qu’une star peut attirer l’attention sans pouvoir, à elle seule, la convertir en salles pleines.
Verity arrive en outre avec un public qui connaît déjà le roman de Colleen Hoover. Son adaptation précédente, It Ends With Us, a rapporté environ 350 millions de dollars dans le monde pour un budget de production de 25 millions, selon Variety. Ce précédent explique l’appétit des studios; il ne promet pas que tous les livres de Hoover répéteront l’opération. Une lectrice conquise n’est pas automatiquement une place vendue, mais elle sait au moins pourquoi le titre lui parle.
Rockwell pourra toujours annoncer qu’il sauve le box-office. Ce serait assez raccord avec le personnage.