
Dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026, à 3 h, il sera 2 h en France métropolitaine. On nous promet une heure de sommeil en plus. Pour la suite, c’est moins clair : l’Europe discute toujours de la fin du changement d’heure, sept ans après le vote de son Parlement.
Cette année, le retour à l’heure d’hiver tombe dès le 25 octobre. Rien d’exceptionnel dans la règle : le changement a lieu le dernier dimanche du mois, et le calendrier a placé celui-ci au 25. En mars, on avait avancé les montres ; en octobre, on les recule. Si votre four affiche encore l’heure d’été, il a désormais deux occasions d’avoir tort.
La France a réintroduit l’heure d’été en 1976, après le choc pétrolier. L’idée était de profiter davantage de la lumière en soirée pour réduire l’éclairage. Depuis 1998, les pays de l’Union européenne changent d’heure aux mêmes dates. Une vieille mécanique, bien huilée. Son utilité actuelle, beaucoup moins.

En 2018, la Commission européenne consulte les citoyens : quelque 4,6 millions de personnes répondent, et 84% des réponses demandent l’arrêt des changements d’heure. Ce n’était pas un référendum représentatif, mais le signal était difficile à rater. En mars 2019, le Parlement européen vote pour y mettre fin, par 410 voix contre 192. La suppression devait suivre en 2021. Elle n’a pas suivi.
Le texte attend toujours une position du Conseil. Pourquoi ça coince ? Parce qu’une fois les deux changements supprimés, il faut choisir l’heure qu’on garde et éviter que chaque pays règle sa montre dans son coin. Transports, échanges, fuseaux voisins : le cadran paraît petit, la négociation l’est moins.
Le dossier n’est pourtant pas enterré. En 2025, la présidence polonaise du Conseil a proposé de tester pendant deux ans une heure d’été permanente dans toute l’Union. Une note du Conseil datée du 3 juin 2026 indique qu’une étude examine les effets possibles sur l’énergie, la santé et les transports ; ses résultats sont attendus d’ici fin 2026. Donc non, personne ne peut sérieusement annoncer que ce 25 octobre sera le dernier changement d’heure. La rumeur, elle, n’a jamais besoin de changer de pile.

L’argument historique tenait en peu de mots : plus de lumière naturelle le soir, moins de lampes allumées. Dans un document de 2018, la Commission européenne qualifiait pourtant l’effet global sur la consommation d’énergie de « marginal ». Elle citait une estimation de l’Ademe publiée en 2010 : environ 440 GWh économisés sur l’éclairage en France. Un chiffre réel, mais ancien, que la Commission invitait déjà à lire à la lumière des progrès de l’éclairage. Oui, la formule était tentante.
Le calcul ne se résume d’ailleurs pas aux ampoules. Chauffage, climatisation, activités déplacées d’une heure : selon les usages, une économie ici peut s’accompagner d’une dépense ailleurs. Affirmer que le changement d’heure ne sert strictement à rien irait trop vite. Vendre ses bénéfices énergétiques comme une évidence en 2026 aussi.

Reste le petit lot de consolation d’octobre : une heure de plus dans la nuit. Encore faut-il la dormir. Une étude publiée dans le BMJ en décembre 2025 a examiné des dossiers médicaux anglais couvrant les années 2008 à 2019. Dans la semaine suivant le passage à l’heure d’hiver, les chercheurs ont relevé moins d’événements enregistrés pour plusieurs troubles, dont les troubles du sommeil. Ils précisent aussi qu’une date inscrite dans un dossier médical ne correspond pas forcément au début des symptômes. Une nuit plus longue ne fait pas, à elle seule, une politique de santé.
La British Sleep Society défend, dans une prise de position publiée en 2025, le maintien permanent de l’heure standard au Royaume-Uni, notamment pour conserver davantage de lumière naturelle le matin. C’est une recommandation pour le contexte britannique, pas un choix arrêté pour la France. En attendant, entre la lumière des écrans, dont on parlait dans notre article sur le travail de bureau, et les nuits gâchées par la literie, notre sommeil a déjà assez de gens pour lui dire quoi faire.
Le 25 octobre, donc : à 3 h, retour à 2 h. La montre obéira sans discuter. Bruxelles pourrait prendre des notes.