
Alan Ritchson affronte deux tueuses redoutables dans une scène pensée comme un duel de prédateurs
La saison 4 de Reacher ne se contente pas de rejouer la carte du bourrin invincible : elle lui colle enfin deux adversaires capables de le faire saigner pour de bon. Et, dans une série qui a déjà bâti sa réputation sur les baffes monumentales et les os qui craquent, ce n’est pas rien.
Pour rappel, la série portée par Alan Ritchson s’est installée comme l’un des gros morceaux d’action de Prime Video depuis son lancement en 2022, en s’appuyant sur l’énorme matière des romans de Lee Child. Avec une troisième saison déjà marquée par un affrontement physique d’une violence presque absurde, la suivante avait une mission simple sur le papier et franchement casse-gueule en pratique : faire plus fort sans tomber dans la surenchère débile. D’où l’intérêt de ce quatrième opus, qui adapte Gone Tomorrow, treizième livre de la saga, et déplace l’action de New York à Philadelphie tout en conservant le cœur du dispositif : un final où Reacher se retrouve face à deux tueuses au couteau. Pas des figurantes de luxe, non. Des vraies machines à découper. Le genre de séquence qui transforme un simple épisode en test de survie.
Et là, tout l’enjeu n’est plus seulement de frapper plus fort, mais de chorégraphier l’humiliation physique avec une précision de chirurgien.
Dans le roman de Lee Child, Reacher doit composer avec deux adversaires particulièrement vicieuses, et la série garde cette idée de base en la reconfigurant : les antagonistes deviennent Lila et Amisha Hoth, incarnées par Agnez Mo et Anggun. Le changement n’est pas cosmétique, il est dramatique. On passe d’un duel de force brute à un affrontement où la vitesse, la ruse et l’endurance mentale comptent autant que les coups. Le héros, lui, n’a pas le luxe de jouer les demi-dieux tranquilles ; il doit encaisser, improviser, se réajuster. Bref, il doit souffrir, ce qui n’est jamais mauvais pour un récit d’action quand il sait ce qu’il fait.
Le plus malin, c’est que la série ne cherche pas à reproduire bêtement la page. Dans le livre, Reacher a un couteau. À l’écran, il doit se débrouiller avec une planche et un drap, ce qui change tout dans la grammaire du combat. Buster Reeves, chorégraphe des cascades, a résumé l’idée avec une image animale : un tyrannosaure contre deux vélociraptors. On voit le tableau. Et surtout, on comprend le principe : un mastodonte qui ne peut pas simplement écraser, mais doit survivre à des attaques rapides, répétées, presque chirurgicales. Ça, c’est du cinéma d’action qui a encore un cerveau.

Ce qui ressort de cette saison 4, c’est aussi le refus du duel viriliste en mode concours de biceps. La saison précédente avait déjà poussé très loin la logique du “plus gros cogneur gagne”, avec un combat pensé comme une confrontation de masses. Ici, on change de température. Agnez Mo insiste sur le fait que les affrontements sont chargés d’émotion, ce qui n’est pas qu’une jolie formule de promo : quand Reacher hésite parce qu’il reconnaît chez ses adversaires un lien humain, la scène cesse d’être un simple ballet de fractures. Elle devient un piège moral. Et ça, pour une série qui pourrait facilement se contenter de distribuer des mandales comme d’autres distribuent des tracts, c’est plutôt futé.
Alan Ritchson, de son côté, assume cette nouvelle forme de vulnérabilité. Son personnage reste une montagne, mais une montagne qu’on peut entailler, ralentir, déséquilibrer. Ce n’est pas une révolution, c’est mieux : une variation. Le héros ne perd pas sa puissance, il perd son confort. Et dans une franchise d’action, c’est souvent là que ça devient intéressant. Quand le personnage cesse d’être une solution et devient un problème, on tient enfin quelque chose.
Depuis quelques années, les plateformes ont compris qu’un héros comme Reacher valait de l’or : un personnage déjà connu, déjà identifié, déjà calibré pour l’exploitation en séries longues. Le risque, évidemment, c’est la routine. On muscle, on tape, on recommence, et au bout d’un moment la machine tourne à vide. La saison 4 semble vouloir déjouer ce péché originel en injectant un vrai déséquilibre dans le combat final. Pas juste un “plus gros méchant”, mais un rapport de forces plus tordu, plus pervers, plus intéressant à regarder. On n’est pas loin de la bonne vieille règle hollywoodienne : si tu ne peux pas faire plus grand, fais plus malin.
Et c’est peut-être là que la série tient sa promesse la plus solide. Après avoir donné à Reacher toutes les variantes possibles du choc physique, les auteurs doivent désormais trouver comment le surprendre autrement. Ce qui est, au fond, un très bon problème à avoir. Parce qu’une franchise qui sait encore inventer des façons élégantes de faire mal à son héros n’a pas encore épuisé son carburant. Le jour où Reacher ne pourra plus être mis en difficulté, on saura que la poule aux œufs d’or aura commencé à tousser.
En attendant, cette saison 4 a au moins le mérite de rappeler une chose simple : dans une série d’action, le vrai luxe n’est pas de cogner fort. C’est de trouver la bonne blessure.