Le MCU n’a pas seulement ressorti ses gros bras : il a aussi dégainé son plus beau trauma familial. Avec Avengers: Doomsday, Marvel transforme son prochain mastodonte en mélodrame cosmique où Robert Downey Jr. ne revient pas pour sauver la maison, mais pour y mettre le feu.
Sept ans après Avengers: Endgame en 2019, qui avait fait office de faux tombeau pour la saga des Avengers, Marvel Studios remet la machine en route avec Joe et Anthony Russo aux commandes. Le studio a déjà commencé à distiller plusieurs images du film, dont un premier aperçu de Robert Downey Jr. en Doctor Doom, puis une nouvelle bande-annonce présentée à la D23 Expo 2026 avant d’être mise en ligne. Le message est limpide : on n’est plus dans la simple réunion de super-héros, mais dans la collision de plusieurs générations du MCU, avec en prime les Fantastic Four, les Thunderbolts devenus New Avengers, et même des figures venues des anciens films X-Men de Fox. Autant dire que Marvel ne fait pas dans la demi-mesure. On est en train de préparer un banquet de fin du monde, et le service a déjà commencé.
Le casting annoncé donne le vertige : Chris Evans en Steve Rogers, Chris Hemsworth en Thor, Paul Rudd en Scott Lang, Anthony Mackie en Captain America, Tom Hiddleston en Loki, Simu Liu en Shang-Chi, Letitia Wright en Shuri, sans oublier Pedro Pascal, Vanessa Kirby, Joseph Quinn et Ebon Moss-Bachrach côté Fantastic Four, plus Florence Pugh à la tête des New Avengers. À ce stade, Marvel ne vend plus un film, mais une réunion de famille sous amphétamines, avec l’ombre de Avengers: Secret Wars déjà plantée au fond du cadre. Kevin Feige l’a laissé entendre : Doomsday doit finir sur un cliffhanger costaud. Le genre de fin qui vous laisse les mains moites et le portefeuille déjà prêt pour la suite. La franchise ne raconte plus une histoire, elle organise sa propre succession.
Le masque, la plaie et le vieux copain
Ce qui intrigue dans cette nouvelle salve d’images, ce n’est pas seulement le retour de Downey Jr., c’est la manière dont Marvel semble construire Doctor Doom comme un personnage de deuil avant d’en faire un tyran. Le trailer insiste sur une idée simple et plutôt maligne : Doom n’est pas juste un conquérant multiversel, c’est un homme brisé, possiblement privé de famille, qui retourne sa douleur contre tout ce qui bouge. On aperçoit même des signes d’un passé plus intime, avec cette silhouette qui évoque une épouse et un enfant, et ce second costume aperçu à la D23 qui suggère un itinéraire moral plus complexe que le simple grand méchant en armure verte. Sauf que chez Marvel, la nuance arrive toujours avec un canon braqué sur le front. Le film semble vouloir faire de Doom un monstre sacré né d’une blessure, pas d’un plan marketing.
Des Avengers aux orphelins du multivers
Il y a derrière tout ça une logique très hollywoodienne, presque classique dans sa brutalité : quand une saga s’épuise, on la relance en lui donnant une tragédie plus vaste que nature. Depuis Endgame, le MCU a cherché son nouveau centre de gravité sans retrouver l’équilibre des premières années. D’où cette stratégie de l’assemblage, du croisement, du retour des visages connus et des nouveaux venus, comme si Marvel tentait de reconstituer sa poule aux œufs d’or en multipliant les lignées, les héritages et les passations. Le problème, ou plutôt le défi, c’est que tout cela doit tenir debout sans ressembler à une vitrine de figurines premium. Et là, le pari du film semble clair : faire du conflit une affaire d’héritage, de perte et de transmission. Le multivers, au fond, n’est qu’un prétexte pour parler de familles qui se déchirent.

Ce qui rend la chose intéressante, c’est la manière dont le film paraît brancher Doctor Doom sur la mythologie des Fantastic Four, avec une histoire commune qui précéderait The Fantastic Four: First Steps. Le trailer laisse entendre une relation déjà chargée, presque douloureuse, entre Doom et la première famille Marvel. On n’est plus dans le duel de mascottes, mais dans une vieille rancune qui remonte à avant le grand bazar cosmique. Et si Marvel pousse vraiment cette piste, alors Doomsday pourrait être moins un film de guerre qu’un opéra de la revanche, avec des héros pris dans une querelle qui les dépasse. Quand le méchant a une blessure, le blockbuster gagne un peu de chair sous le latex.
Le grand cirque des héritiers
Reste la question qui fâche un peu, celle que l’équipe de la rédaction adore poser quand le studio sort l’artillerie lourde : combien de personnages peut-on empiler avant que le film ne se transforme en salon de famille géant ? Marvel a déjà montré qu’il savait orchestrer des convergences spectaculaires, mais Avengers: Doomsday a l’air de viser plus haut, plus large, plus chargé. Entre les Avengers historiques, les nouveaux porteurs du flambeau, les X-Men en retour de flamme et les Fantastic Four en pierre angulaire, le long métrage ressemble à un carrefour où tout le monde veut parler en même temps. C’est grisant sur le papier, un peu moins quand il faut respirer entre deux explosions. Mais si les Russo ont retrouvé la main, ils peuvent peut-être faire tenir cette cathédrale de franchises sans qu’elle s’écroule sur ses propres fondations. Le vrai suspense n’est pas de savoir qui frappe qui, mais si Marvel sait encore faire cohabiter ses fantômes.
Et puis il y a le cas Downey Jr., évidemment, ce retour qui n’en est pas un, cette pirouette de casting qui transforme l’ancien visage du MCU en menace suprême. C’est malin, presque pervers, et parfaitement dans l’air du temps : recycler un demi-dieu du système pour lui faire jouer le rôle du bourreau. Le studio joue là une carte méta assez savoureuse, puisque l’acteur qui a incarné le cœur émotionnel de la saga devient son antagoniste le plus chargé symboliquement. On ne pouvait pas rêver meilleur miroir tordu. Marvel ne ressuscite pas Tony Stark ; il le retourne comme un gant.
Alors oui, le trailer vend du fracas, des capes, des regards lourds et des destins qui sentent la poussière cosmique. Mais ce qui circule en dessous est plus intéressant : un film qui semble vouloir faire de la fin du monde une affaire de famille, de culpabilité et de transmission empoisonnée. Si Avengers: Doomsday tient cette ligne jusqu’au bout, on aura peut-être autre chose qu’un simple alignement de super-héros. On aura un blockbuster qui sait que les plus grosses explosions partent souvent d’une blessure minuscule. Et ça, franchement, ça change un peu la donne. Ou au moins le volume sonore.
Bande-annonce VF de Avengers: Doomsday
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




