Masters of the Universe n’a pas seulement recyclé une licence en espérant réveiller la poule aux œufs d’or : le film de Travis Knight a aussi glissé un clin d’œil si pointu qu’il est passé sous le radar de presque tout le monde. Derrière la vitrine du blockbuster de 2026, il y a une petite leçon d’archéologie Mattel, et elle vaut son pesant de plastique.

Pour remettre les choses à leur place, le long métrage sorti en 2026 a coûté 170 millions de dollars et n’a rapporté que 117 millions au box-office, selon les éléments rapportés par Slashfilm. Un démarrage américain derrière le sixième Scary Movie, voilà qui pique un peu pour un film censé porter haut la bannière d’Eternia. Mais la vraie histoire, celle qui amuse les collectionneurs et les maniaques du détail, se niche ailleurs : dans la manière dont le film réactive l’histoire industrielle de Mattel, entre jouets, remploi de moules et bricolage mythologique. On est loin du simple fan service à deux balles.

Et c’est là que le film devient plus intéressant que son box office : il parle de ses propres origines en planquant, au fond d’un décor, les fantômes de Big Jim, de Torak et de Vikor.

Le rayon jouets comme machine à remonter le temps

Dans la séquence de la boutique d’objets de collection, Adam, incarné par Nicholas Galitzine, traverse des étagères bien garnies avant de récupérer l’épée qu’il traque depuis l’enfance. En arrière-plan, on distingue des playsets de Big Jim, cette vieille gamme Mattel lancée en 1976 autour d’un agent secret musculeux. L’information, relayée par Slashfilm et recoupée avec des travaux de passionnés comme Retro Junk ou Battle Ram Blog, rappelle un truc simple mais délicieux : He-Man n’est pas né ex nihilo, il a poussé sur les restes d’une autre franchise de jouets. Le mythe du guerrier blond sort toujours d’une usine, pas d’un nuage.

Le parallèle est savoureux parce qu’il dit tout de la logique de Mattel à l’époque. Des éléments de Big Jim ont été réutilisés, transformés, repeints, reconfigurés. Le tigre de Big Jim on the Tiger Trail devient Battle Cat, des vilains changent de visage pour donner Man-E-Faces ou Trap Jaw, et certains accessoires circulent d’une gamme à l’autre comme des pièces détachées d’un imaginaire en kit. Le film de 2026 ne se contente donc pas d’agiter des références : il les expose presque comme des vestiges de musée. Sauf qu’ici, le musée vend encore des tickets.

Affiche de Les Maîtres de l'univers
Affiche de Les Maîtres de l'univers

Torak, Vikor et les joies du sous-sol geek

Le plus beau dans cette histoire, c’est sans doute le niveau de profondeur du clin d’œil. Toujours selon Slashfilm, un panneau annonçant Torak, Hero of Pre-History se cache dans le décor. Pour les non-initiés, Torak renvoie à un premier état de la conception de He-Man, quand Mark Taylor dessinait des figures fantasy avant que Roger Sweet ne les retravaille pour Mattel. Quant à Vikor, le personnage visible sous forme de statue en plâtre tenant l’Épée du Pouvoir, il reprend l’allure d’un des croquis fantasy de Taylor. On parle donc d’un Easter egg qui ne vise pas seulement les fans de la série animée des années 1980, mais les archéologues du concept art, les gens qui aiment remonter la chaîne de fabrication d’une icône pop jusqu’à son brouillon.

Et franchement, ça change tout. Parce qu’au lieu de simplement courir après la nostalgie, le film de Travis Knight assume une forme de mémoire matérielle : les jouets, les dessins, les prototypes, les recyclages. C’est presque plus intéressant que son discours bancal sur la masculinité, que plusieurs spectateurs ont trouvé hésitant entre sérieux héroïque et auto-mockery. Le film trébuche parfois sur son propre mythe, mais il sait où il a été fabriqué.

Le fan service, oui, mais avec des gants blancs

Ce genre de détail ne parle évidemment pas à la salle entière. Il parle à une caste précise : les quarantenaires et quinquagénaires qui ont grandi avec les figurines, les collectionneurs qui savent reconnaître un moule réemployé à trois mètres, les lecteurs de The Toys That Made Us qui ont déjà disséqué la généalogie de la licence. L’équipe de la rédaction adore ce genre de micro-trésor parce qu’il dit quelque chose de plus large sur Hollywood : les studios ne vendent plus seulement des histoires, ils vendent des strates de mémoire. Le blockbuster moderne n’est plus juste une machine à spectacle, c’est une machine à fantasmes qui se regarde elle-même dans la glace.

Le hic, c’est que ce type de précision ne sauve pas un film de ses limites commerciales. Avec 140 minutes au compteur, Masters of the Universe avait de quoi déployer son arsenal, ses monstres sacrés et ses armures clinquantes. Mais entre un budget de 170 millions de dollars et un retour en salles décevant, le calcul industriel reste brutal. Le clin d’œil à Big Jim amuse, la référence à Torak ravit, la statue de Vikor fait lever un sourcil complice. Mais un Easter egg, aussi malin soit-il, ne remplace jamais un vrai moteur dramatique.

Reste que ce petit jeu de piste a une vertu rare : il relie le film à une histoire plus vaste que lui, celle d’une franchise née d’un recyclage assumé, devenue mythe générationnel, puis reconfigurée en blockbuster de 2026. Et ça, mine de rien, c’est plus élégant qu’un simple coup de peinture nostalgique. Le plastique a de la mémoire, après tout. Qui l’eût cru ?

Bande-annonce VF de Les Maîtres de l'univers

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