Film muet d’aventures et de mélodrame, La Sultane de l’amour retrace les amours contrariés de la princesse Daoulah et du prince Mourad, que le hasard a réunis sous de fausses identités, elle déguisée en jeune fille du peuple, lui en pêcheur misérable, avant de les séparer à nouveau dans un royaume oriental dominé par le sultan Malik et son émissaire Kadjar (Source : IMDb, 2025 ; Cinémathèque française, 2020). Convoitée par le souverain, Daoulah refuse ses avances et reste fidèle au souvenir de son sauveur, dont elle ignore encore le rang véritable (Source : IMDb, 2025 ; Le Giornate del Cinema Muto, 2024). Sur fond de palais fastueux, de complots de cour et de déplacements à travers un « petit État du Moyen-Orient », le récit suit en parallèle la quête du sultan, décidé à retrouver une « perle rare » capable de ranimer son goût de vivre, et celle des deux jeunes gens qui tentent de se rejoindre (Source : Cinémathèque française, 2020 ; Le Giornate del Cinema Muto, 2024). Sans dévoiler les rebondissements finaux, le film articule ainsi romance, exotisme de studio et grandes compositions de foule caractéristiques des productions ambitieuses de l’immédiat après-guerre (Source : Cinémathèque française, 2020 ; Giornate del Cinema Muto, 2024).
Genèse et contexte de production
La Sultane de l’amour est produit par Louis Nalpas pour la société Les Films Louis Nalpas, créée après son départ de Film d’Art à la fin de la Première Guerre mondiale (Source : Le Giornate del Cinema Muto, 2024). Installé à Nice dès 1918, le producteur choisit la villa Liserb, à Cimiez, pour y aménager un studio de tournage bénéficiant de la lumière et des paysages de la Côte d’Azur, qui lui rappellent sa Turquie natale (Source : Cinémathèque française, 2020). Le tournage débute à l’été 1918, mobilisant décors de palais, jardins et architectures méditerranéennes destinés à recréer un cadre oriental fantasmé, dans la lignée des contes des Mille et Une Nuits adaptés à l’écran à cette époque (Source : Cinémathèque française, 2020 ; MBGC, 2016). Par ailleurs, la presse illustre l’ampleur du chantier : un reportage de plusieurs pages est consacré au film dans L’Illustration du 15 mars 1919, peu après la fin des prises de vue (Source : Cinémathèque française, 2020). Dans une industrie française alors confrontée à la domination des productions américaines, Nalpas présente ce projet comme une réponse locale de grande envergure, combinant ambition artistique et moyens techniques importants (Source : Cinémathèque française, 2020 ; Nice-Matin, 2019).
Mise en scène, scénario et esthétique
Le film est coréalisé par Charles Burguet et René Le Somptier, tous deux associés de longue date à Louis Nalpas et à la tradition du cinéma narratif français des années 1910 (Source : IMDb, 2025 ; Le Giornate del Cinema Muto, 2024). Le scénario est signé par Nalpas lui-même, d’après un récit de Franz Toussaint, écrivain et scénariste connu pour ses textes inspirés de l’Orient et de la littérature de voyage (Source : Le Giornate del Cinema Muto, 2024). La mise en scène privilégie les grands tableaux de cour, les cortèges et les scènes de palais, tout en ménageant des séquences plus intimistes consacrées à la relation entre Daoulah et Mourad, structurée autour du thème de la reconnaissance différée (Source : Cinémathèque française, 2020 ; IMDb, 2025). L’esthétique du film repose sur des décors construits à Nice et sur l’usage de la lumière naturelle, qui contribuent à ancrer ce récit imaginaire dans des paysages identifiables de la région tout en les transformant en décor oriental stylisé (Source : Cinémathèque française, 2020). La narration se déploie en deux parties, sorties à une semaine d’intervalle en décembre 1919, suivant un schéma feuilletonesque fréquent à l’époque pour les productions de long métrage (Source : Le Giornate del Cinema Muto, 2024).
Distribution et personnages
Le rôle de la princesse Daoulah est interprété par France Dhélia, actrice du muet très présente dans la production française de l’après-guerre, dont la prestation est soulignée par plusieurs critiques pour sa présence à l’écran (Source : Cinémathèque française, 2020 ; Cinémagazine, 1923). Sylvio De Pedrelli incarne le prince Mourad, figure romantique et héroïque dont l’identité réelle n’est révélée que progressivement, en écho aux conventions mélodramatiques de l’époque (Source : IMDb, 2025). Le sultan Malik, souverain présenté comme tyrannique et désabusé, est entouré de personnages secondaires marqués, notamment Kadjar, joué par Gaston Modot, décrit dans les synopsis comme un émissaire redoutable chargé de trouver la « sultane » promise (Source : Cinémathèque française, 2020 ; IMDb, 2025). Marcel Lévesque, dans le rôle du bouffon Nazir, apporte un contrepoint comique qui s’inscrit dans la tradition des personnages de cour destinés à alléger la tension dramatique (Source : Cinémathèque française, 2020). On compte également dans la distribution Paul Vermoyal, Armand Dutertre et d’autres acteurs réguliers des productions françaises de cette période, ce qui inscrit le film au cœur d’un réseau professionnel déjà bien constitué (Source : IMDb, 2025 ; AlloCiné, 2024).
Sortie, diffusion et versions
La Sultane de l’amour est présenté en avant-première au Cirque d’Hiver, à Paris, le 10 octobre 1919, avant une exploitation en deux volets, le 5 décembre 1919 pour la première partie et le 12 décembre 1919 pour la seconde, sous la bannière du distributeur Union-Éclair (Source : Le Giornate del Cinema Muto, 2024). IMDb mentionne par ailleurs une date de sortie française au 7 novembre 1919, tandis qu’une diffusion au Danemark est attestée en février 1921, ce qui témoigne d’une circulation internationale, même limitée, du film muet français (Source : IMDb, 2025). À la suite de son succès, l’œuvre est rééditée en 1923 dans une version raccourcie, passée de 2 400 à 1 800 mètres, celle qui est aujourd’hui conservée au CNC (Source : Cinémathèque française, 2020). Cette même année, une mise en couleurs au pochoir est réalisée afin d’étendre l’exploitation, ce qui fait de cette version l’un des premiers longs métrages français entièrement teintés, souvent cité comme un jalon de la couleur au cinéma national (Source : Cinémathèque française, 2020 ; Nice-Matin, 2019). Des projections contemporaines, notamment dans le cadre de manifestations comme les Giornate del Cinema Muto, continuent de présenter cette version teintée, inscrivant le film dans le circuit des archives et des festivals patrimoniaux (Source : Le Giornate del Cinema Muto, 2024).
Réception critique et héritage
Dès sa sortie, La Sultane de l’amour bénéficie d’un accueil critique favorable dans la presse spécialisée française, qui insiste sur l’ampleur de la production et la volonté de rivaliser avec les films américains de prestige (Source : Cinématographie française, 1919, cité par la Cinémathèque française, 2020). Dans un article d’octobre 1919, La Cinématographie française souligne « l’effort fourni pour l’exécution de ce film », présenté comme dépassant « tout ce qui a été tenté jusqu’ici en France », en insistant sur l’absence de discours théorique et la recherche d’un équilibre entre beauté plastique et efficacité narrative (Source : Cinématographie française, 1919, cité par la Cinémathèque française, 2020). Quelques années plus tard, en 1923, Jean de Mirbel, dans Cinémagazine, note que l’œuvre « rééditée » a « conservé tout son intérêt » et salue la mise en couleurs, qualifiée de « merveille de goût », tout en rappelant la qualité de l’interprétation de France Dhélia et de ses partenaires (Source : Cinémagazine, 1923, cité par la Cinémathèque française, 2020). En parallèle, certains critiques demeurent réservés sur la colorisation, signe des débats esthétiques suscités par ces techniques dans les années 1920 (Source : Cinémathèque française, 2020). Plus tard, l’historiographie du cinéma associe fréquemment le film au renouveau des studios niçois et à la préfiguration des studios de la Victorine, lui conférant un statut de jalon dans l’organisation de la production française de l’entre-deux-guerres (Source : Nice-Matin, 2019 ; MBGC, 2016).
Critique sur La sultane de l'amour
Casting et distribution
Parmi les rôles crédités de La sultane de l'amour figurent Sultanne Daoulah, interprété par France Dhélia, Prince Mourad, interprété par Sylvio De Pedrelli et Princesse Zilah, interprété par Yvonne Sergyl. Consultez les fiches des personnages, puis l'ensemble de la distribution et de l'équipe technique.






