Présenté en première mondiale le quatorze février deux mille vingt-six dans la section Generation 14plus de la Berlinale, « Chicas tristes » a reçu l’Ours de cristal du meilleur film du jury jeunesse, puis le Grand Prix du jury international de la même section. Fernanda Tovar y fait débuter sur grand écran deux nageuses de seize ans, Paula et La Maestra, dont la complicité se fissure après une soirée du Nouvel An. Le long métrage, coproduction du Mexique, de l’Espagne et de la France, est sorti en France le douze août deux mille vingt-six, distribué par Wild Bunch Distribution. (Source : Berlinale, 2026) (Source : Franceinfo, 2026)
« Chicas tristes » : Fernanda Tovar filme l’après d’une fête
Paula et La Maestra passent leurs vacances dans une petite ville mexicaine, entre les entraînements du club de natation et le fantasme d’un départ pour les Jeux panaméricains juniors au Brésil. Elles partagent le même vestiaire, les mêmes plaisanteries et une langue privée faite de gestes, de défis enfantins et de confidences. Paula convoite Daniel, garçon du groupe qui semble occuper une place rassurante dans leur cercle. La fête où il l’isole dans une salle de bains ne constitue pas le centre spectaculaire du film, puisque Fernanda Tovar refuse de représenter directement l’agression. (Source : Alpha Violet, 2026)
Le récit commence réellement après cette absence d’image. Paula change de rythme, évite les regards et tente de réduire ce qui s’est produit à une expérience ratée, parce que Daniel lui plaisait et parce que son entourage ne correspond pas à l’idée convenue d’un danger. La Maestra perçoit le déplacement avant même de pouvoir l’interpréter. Son amitié devient un poste d’observation, puis un lieu de friction : elle veut nommer, alerter et agir tandis que Paula réclame du temps, de l’opacité, peut-être le droit de ne pas savoir encore ce qu’elle veut faire. (Source : Les Inrockuptibles, 2026)
Le choix du hors-champ retire au viol son potentiel de scène à effet. La mise en scène se tient près des conséquences matérielles : une parole coupée, une séance de natation devenue pénible, un visage qui ne parvient plus à tenir la cadence de la bande. Fernanda Tovar déplace donc l’attention vers la manière dont une violence s’installe dans le quotidien et déforme des usages jusque-là ordinaires. Daniel n’est pas un prédateur isolé du monde social, il est un garçon familier, apprécié, intégré à la vie du club. (Source : Franceinfo, 2026)
Cette proximité rend le silence plus lourd. Paula ne doit pas seulement faire face à un acte subi ; elle doit envisager les conséquences d’un mot prononcé dans un groupe où chacun connaît chacun. Le voyage, la compétition et la réputation de l’équipe deviennent des forces de rappel. Une entraîneuse préfère la continuité du programme sportif au désordre d’une accusation. La pression ne prend pas la forme d’un discours solennel, mais d’une injonction pratique : ne pas compromettre les sélections, ne pas déranger l’équilibre du collectif, ne pas faire de vagues. (Source : Franceinfo, 2026)
« Chicas tristes », un teen movie mexicain sans innocence fabriquée
Rocío Guzmán incarne La Maestra et Darana Álvarez joue Paula. Les deux comédiennes installent une amitié qui ne se réduit jamais à son rôle dramatique. Avant la rupture, leurs personnages ont déjà une présence précise : elles s’ennuient, se provoquent, rêvent de partir et inventent des cérémonies minuscules pour rendre leur ville moins étroite. Cette inscription dans le temps adolescent évite la mécanique d’un film à sujet, où chaque scène aurait pour fonction d’expliquer un traumatisme. (Source : Alpha Violet, 2026)
Les références au teen movie apparaissent dans les couleurs pastel, les vestiaires, la musique et les moments de flottement propres aux étés sans emploi du temps. Les Inrockuptibles rapprochent certains motifs visuels de « Carrie » de Brian De Palma et d’un imaginaire associé au cinéma de Sofia Coppola. Ces rapprochements désignent moins un système de citations qu’une attention à la texture adolescente : le vernis, le chlore, les toits d’immeubles, les téléphones et les musiques partagées comme autant de surfaces fragiles. (Source : Les Inrockuptibles, 2026)
La natation organise ce monde sans l’enfermer dans une métaphore unique. Les corps y sont soumis à la discipline, au chronomètre et au regard des autres. Ils sont aussi les véhicules d’une joie collective, d’un projet de départ et d’une confiance construite par l’habitude. Après la fête, le bassin n’offre plus la même circulation. Paula et La Maestra demeurent dans le même espace mais n’y habitent plus la même histoire. L’eau conserve son pouvoir de jeu tout en devenant un milieu où l’on peut se retirer, retenir sa respiration ou refaire un geste jusqu’à l’épuisement.
Le film refuse de placer La Maestra au rang d’auxiliaire idéale. Sa volonté de protéger Paula se charge de culpabilité, parce qu’elle a encouragé l’approche avec Daniel. Son insistance peut devenir une pression supplémentaire pour son amie. Fernanda Tovar observe cette contradiction sans la condamner mécaniquement. La solidarité ne résout pas le conflit, elle lui donne une forme plus difficile : celle de deux adolescentes qui s’aiment assez pour se blesser en croyant se sauver. (Source : Franceinfo, 2026)
Consentement et langage : ce que « Chicas tristes » laisse émerger
Une scène place Paula et La Maestra devant une interface de discussion alimentée par l’intelligence artificielle. Les deux jeunes filles y décrivent les faits et voient apparaître le mot « viol », terme qu’aucune d’elles ne parvenait encore à prononcer. L’idée pourrait sembler démonstrative si elle n’était aussitôt déplacée par l’écart entre la définition produite par la machine et la difficulté de vivre avec cette définition. Le langage automatique est immédiat, la reconnaissance intime ne l’est pas. (Source : Franceinfo, 2026)
Fernanda Tovar a expliqué son intérêt pour ce contraste entre un outil capable de fournir des catégories très vite et des êtres humains maladroits, qui ne trouvent parfois qu’un regard ou un contact pour soutenir quelqu’un. La scène ne présente pas la technologie comme un tribunal. Elle sert de déclencheur lexical, pas de substitut à la parole entre les personnages. Paula ne reçoit pas une réponse qui clôt son expérience ; elle entre dans une zone où les mots modifient sa perception d’elle-même, de Daniel et de son amie. (Source : Franceinfo, 2026)
Le consentement apparaît ici dans ce qu’il a de moins spectaculaire : les hésitations, les signaux non entendus, la confusion entre désir préalable et accord continu, la peur de décevoir. Daniel n’est pas dissimulé derrière une figure monstrueuse qui faciliterait le jugement. Son visage calme, son appartenance au groupe et la confiance qu’il inspirait font partie du problème traité par le scénario. Le film insiste sur cette banalité sociale, parce qu’elle conditionne le délai de la prise de conscience et la crainte de parler. (Source : Franceinfo, 2026)
Les personnages masculins autour des deux adolescentes ne sont pas rangés sous une seule fonction. Un père attentif, un frère et un ami trans apportent des formes de présence qui déjouent le partage simpliste entre coupable masculin et secours exclusivement féminin. Cette pluralité ne relativise pas la responsabilité de Daniel. Elle évite plutôt de transformer le monde du film en schéma binaire, alors que Paula doit reconstruire des liens dans un environnement où certains adultes peuvent écouter et où d’autres privilégient le calme collectif. (Source : Franceinfo, 2026)
Fernanda Tovar et la fabrication collective de « Chicas tristes »
Fernanda Tovar signe la réalisation et le scénario de « Chicas tristes », son premier long métrage. Le projet est porté par Colectivo Colmena, structure mexicaine de création collective, avec Daniel Loustaunau et Araceli Velázquez à la production. Potenza Producciones représente le partenaire espagnol, Promenades Films le partenaire français, aux côtés de Martini Shot Films et CTT Exp & Rentals. Le financement a reçu des soutiens d’EFICINE au Mexique, de l’ICAA en Espagne, du CNC et de la SACEM en France. (Source : Alpha Violet, 2026)
- Réalisation et scénario : Fernanda Tovar
- Production : Daniel Loustaunau et Araceli Velázquez pour Colectivo Colmena
- Image : Rosa Hadit Hernández
- Montage : José Pablo Escamilla
- Musique : Wissam Hojeij
- Chansons originales : Carolina Torres Topaga et Sebastián Cárdenas Vesga
- Son : Alejandro Castillo
- Décors : Selva Tulián
- Costumes : Daniela Guardado
Rosa Hadit Hernández compose une image où les bleus de piscine, les éclairages nocturnes et les tons roses ne servent pas de décor séduisant détaché du récit. La couleur entretient une tension avec ce que Paula n’arrive plus à dire. Le monde demeure riche, presque festif par instants, alors que son rapport aux lieux se dégrade. Cette dissociation permet au film de ne pas transformer la souffrance en grisaille obligatoire. (Source : Les Inrockuptibles, 2026)
Le montage de José Pablo Escamilla travaille les temps morts, les déplacements physiques et les hésitations plutôt que l’explication psychologique. La caméra suit une conversation interrompue, un plongeon depuis un tremplin, une éclipse contemplée ou une chorégraphie improvisée. Ces moments ne réparent rien par eux-mêmes. Ils constituent les essais par lesquels les deux filles cherchent un langage de remplacement quand les expressions adultes, juridiques ou sportives leur paraissent inaccessibles. (Source : Les Inrockuptibles, 2026)
La distribution secondaire prolonge cette attention au groupe. Tatsumi Milori joue Raz, Tomás García Agraz Mario et Mónica del Carmen Valeria. Luisa Almaguer figure aussi au générique, dans le rôle de Karaoke. Les apparitions des adultes ne confisquent pas l’espace du récit ; elles dessinent plutôt des seuils, des obstacles ou des appuis que Paula et La Maestra doivent éprouver à leur mesure. (Source : Alpha Violet, 2026)
Berlinale, Ours de cristal et réception de « Chicas tristes »
Le vingt février deux mille vingt-six, « Chicas tristes » a obtenu deux distinctions dans Generation 14plus. Le jury jeunesse lui a attribué l’Ours de cristal du meilleur film. Le jury international lui a accordé le Grand Prix du meilleur film, doté de sept mille cinq cents euros par la Bundeszentrale für politische Bildung. Cette double reconnaissance place le premier long métrage de Fernanda Tovar parmi les titres les plus remarqués de la section berlinoise consacrée aux récits destinés aux jeunes publics et aux adolescents. (Source : Bundeszentrale für politische Bildung, 2026)
- Ours de cristal du meilleur film, jury jeunesse Generation 14plus, Berlinale deux mille vingt-six
- Grand Prix du meilleur film, jury international Generation 14plus, Berlinale deux mille vingt-six
La réception française a situé le film au croisement du récit d’apprentissage et de la réflexion contemporaine sur MeToo. Les Inrockuptibles y voient un teen movie où l’apprentissage ne relève pas seulement d’une acquisition de savoir, mais d’une réappropriation progressive du corps et de la parole. Franceinfo insiste de son côté sur le refus du voyeurisme et sur la représentation d’une agression commise par un proche, configuration qui éclaire la honte, le déni et la difficulté de rompre le silence. (Source : Les Inrockuptibles, 2026) (Source : Franceinfo, 2026)
Sa durée de quatre-vingt-dix minutes impose une économie de récit qui ne cherche pas à résoudre toutes les conséquences de l’agression. Fernanda Tovar s’attache davantage au moment instable où Paula commence à comprendre ce qui lui est arrivé, tandis que La Maestra découvre les limites de sa volonté de protection. Cette matière confère au film sa ligne la plus juste : il ne transforme ni l’amitié ni la parole en remède immédiat. Il observe leur travail incertain, fait de reprises, de refus et de gestes qui restent parfois sans réponse. (Source : Alpha Violet, 2026)
Critique sur Chicas tristes
Casting et distribution
Parmi les rôles crédités de Chicas tristes figurent Maestra, interprété par Rocío Guzmán, Paula, interprété par Darana Álvarez et Raz, interprété par Tatsumi Milori. Consultez les fiches des personnages, puis l'ensemble de la distribution et de l'équipe technique.
















