« Grand Jeté » est réalisé par Isabelle Stever, cinéaste allemande connue pour son intérêt pour des personnages féminins confrontés à des situations affectives et sociales complexes, qui signe ici un film présenté dans le cadre de la Berlinale 2022, au Forum de la Berlinale, section dédiée aux propositions formellement et thématiquement audacieuses (Source : Cineuropa, 2022). Le scénario est adapté d’un roman d’Anke Stelling, l’écriture du film étant créditée à Anna Melikova et Anke Stelling, ce qui inscrit le projet dans une continuité entre littérature contemporaine et cinéma d’auteur allemand (Source : IMDb, 2022). Le tournage s’inscrit dans une production portée par la société Brave New Work, société allemande qui accompagne des œuvres indépendantes orientées vers les festivals internationaux, les ventes internationales ayant été confiées au vendeur Reel Suspects, actif sur le marché du cinéma de genre et des propositions radicales (Source : Cineuropa, 2022). Par ailleurs, les informations de production recensées sur les bases professionnelles, notamment Crew United, indiquent un tournage effectué en Allemagne sur la période 2020–2021, confirmant un projet développé dans le contexte pandémique, ce qui a pu influer sur la configuration de la production et la circulation du film en festivals (Source : Crew United, 2022).
Intrigue et thématiques centrales
Le récit se concentre sur Nadja, ancienne danseuse devenue professeure de ballet, dont l’existence est façonnée par une quête de perfection physique et une discipline extrême, qui l’ont conduite à sacrifier ses liens familiaux, en particulier avec son fils, Mario, confié dès l’enfance à sa grand-mère afin de préserver sa carrière (Source : Cineuropa, 2022). Lorsqu’elle revient des années plus tard au domicile maternel, la réapparition de ce fils devenu jeune adulte se déroule dans un climat de distance et de gêne, où s’entrelacent ressentiment silencieux, curiosité et incompréhension, la relation se transformant progressivement en lien affectif ambigu, qui dépasse le cadre attendu d’un rapprochement familial (Source : IMDb, 2022). La mise en scène insiste sur la matérialité des corps – pieds meurtris, peau marquée, gestes répétitifs – pour relier la dégradation physique de Nadja à l’émergence d’un désir qui vient fissurer l’ordre social et moral, la relation mère-fils s’orientant vers une intimité sexuelle que le film montre comme un franchissement de frontière plus que comme une histoire d’amour romantique (Source : Cineuropa, 2022). En parallèle, les scènes de quotidien – déplacements, pauses solitaires, moments de banalité – soulignent la cohabitation d’une apparente normalité et d’un secret lourd, plaçant les personnages dans une zone grise où la transgression n’est jamais justifiée mais présentée comme le prolongement de trajectoires psychiques abîmées (Source : The Wrap, 2022).
Mise en scène, esthétique et travail sur le corps
La mise en scène d’Isabelle Stever se caractérise par une attention insistante portée aux détails corporels, le cadrage s’attardant sur les pieds, les cous, la peau marquée par l’eczéma ou les traces d’effort, ce qui renforce la dimension physique et parfois clinique des images, loin d’un traitement esthétisant du ballet (Source : Cineuropa, 2022). Les séquences de danse et d’exercices ne sont pas filmées comme des moments de virtuosité spectaculaire mais comme des répétitions exigeantes, où les répétitions de mouvements et les postures laborieuses mettent en évidence l’usure du corps de Nadja, à rebours des représentations glamour de la ballerine (Source : ICS Film, 2022). En parallèle, la caméra s’attache à isoler certaines parties du corps dans presque chaque scène, ce qui contribue à une déconstruction progressive des personnages, comme si le film les disséquaient en fragments plutôt que de les saisir dans une unité harmonieuse, rejoignant les préoccupations d’un cinéma qui interroge le rapport entre chair, désir et identité (Source : ICS Film, 2022). La photographie, décrite comme chaude et enveloppante par certains commentateurs, contraste avec la froideur émotionnelle et la distance morale du récit, installant un décalage entre une lumière parfois douce et la nature profondément dérangeante de la situation, ce qui accentue le malaise sans recourir à des effets de mise en scène démonstratifs (Source : MUBI, 2021).
Interprétations et direction d’acteurs
Le rôle de Nadja est interprété par Sarah Nevada Grether, danseuse et actrice, dont la performance repose sur une combinaison de présence corporelle et de retenue émotionnelle, le personnage se révélant davantage par ses gestes et ses postures que par des tirades explicatives, selon les analyses critiques parues lors de la Berlinale 2022 (Source : IMDb, 2022). Emil von Schönfels incarne Mario, offrant un jeu marqué par une forme d’opacité, qui nourrit l’ambiguïté du personnage, oscillant entre vulnérabilité et acceptation passive de la relation transgressive, un positionnement que plusieurs critiques ont relevé comme central dans la construction du malaise du film (Source : ICS Film, 2022). Susanne Bredehöft, dans le rôle de la mère de Nadja, introduit une troisième figure clé, dont la présence distante et parfois sèche contribue à rappeler l’histoire familiale et les conditions qui ont conduit à la séparation initiale, sans que le film ne propose de discours explicite sur les responsabilités de chacun (Source : IMDb, 2022). La direction d’acteurs privilégie des échanges souvent retenus, avec des silences prolongés et des dialogues parcimonieux, ce qui laisse aux gestes, aux regards et aux déplacements dans l’espace domestique le soin de signifier les tensions, plutôt que de les expliciter verbalement (Source : ICS Film, 2022).
Réception critique et parcours en festivals
« Grand Jeté » a été présenté au Forum de la 72e Berlinale, où il a été identifié par plusieurs observateurs comme une œuvre explicitement dérangeante par son traitement frontal de la relation mère-fils, mais aussi comme une étude de personnages qui maintient délibérément une distance émotionnelle avec le spectateur (Source : Cineuropa, 2022). La critique publiée par ICS Film évoque un drame psychologique sombre et inconfortable, qui interroge le désir interdit et la rage charnelle sans chercher à moraliser ou à humaniser excessivement les protagonistes, l’article soulignant également le rapport tendu du film à la question de la moralité et à la représentation de la transgression (Source : ICS Film, 2022). De son côté, The Wrap décrit le film comme un drame visuellement exigeant et provocateur, tout en estimant que certaines dimensions psychologiques restent partiellement inexplorées, la mise à distance des conséquences de la relation suscitant des réserves chez une partie de la critique anglo-saxonne (Source : The Wrap, 2022). Sur le plan de la réception publique, la note de 4,7/10 recensée sur IMDb, pour un peu plus d’un millier de votes, témoigne d’un accueil partagé, souvent polarisé, caractéristique de films qui abordent des sujets tabous et s’inscrivent dans une écriture formelle exigeante (Source : IMDb, 2022).
Place dans le paysage du cinéma contemporain
Par son sujet et son traitement, « Grand Jeté » s’inscrit dans un courant du cinéma européen contemporain qui explore des relations transgressives et des configurations familiales extrêmes, tout en adoptant une approche analytique et distanciée, rapprochant le film de certaines œuvres qui interrogent la frontière entre provocation et observation clinique (Source : ICS Film, 2022). La comparaison proposée par The Wrap avec « Ma mère » de Christophe Honoré, qui traite également d’un lien mère-fils transgressif, situe « Grand Jeté » dans une lignée de films qui choisissent de confronter le spectateur à des situations moralement problématiques sans offrir de résolution cathartique ni de condamnation explicite des personnages (Source : The Wrap, 2022). Dans le même temps, l’ancrage dans le monde du ballet et la représentation d’un corps féminin usé par l’exigence artistique rapprochent le film d’autres œuvres qui interrogent la dimension sacrificielle de la performance, tout en s’en distinguant par son refus d’inscrire ce sacrifice dans un récit de réussite ou de rédemption (Source : Cineuropa, 2022). Enfin, sa présence dans des sections de festivals orientées vers la découverte et l’expérimentation formelle, plutôt que dans les compétitions principales grand public, confirme sa place au sein d’un cinéma d’auteur qui privilégie la radicalité thématique et la précision de regard plutôt que l’adhésion massive du public (Source : Cineuropa, 2022).
Principaux crédits artistiques et techniques
Le film réunit un noyau de collaborateurs issus du cinéma indépendant allemand, autour d’Isabelle Stever à la réalisation, avec un scénario signé par Anna Melikova et Anke Stelling, cette dernière étant également l’autrice du roman dont est tirée l’histoire, ce qui assure une continuité entre matériau littéraire et adaptation cinématographique (Source : IMDb, 2022). La distribution principale comprend Sarah Nevada Grether dans le rôle de Nadja, Emil von Schönfels dans celui de Mario, et Susanne Bredehöft dans le rôle de la mère de Nadja, entourés d’un ensemble restreint de seconds rôles qui contribuent à maintenir le récit dans un cadre intime et resserré (Source : IMDb, 2022). Les informations techniques détaillées – notamment la direction de la photographie, le montage ou la conception sonore – sont recensées sur les bases de données professionnelles comme Crew United, qui mentionnent également la période de production 2020–2021 et le statut du film comme production allemande de long métrage dramatique (Source : Crew United, 2022). D’une durée d’environ 1h45, en langue allemande, « Grand Jeté » se présente ainsi comme un drame de long format, orienté vers les circuits de festivals et les plateformes spécialisées dans le cinéma d’auteur, comme MUBI, qui le programme et le contextualise dans sa ligne éditoriale consacrée au cinéma européen contemporain (Source : MUBI, 2021).
- Réalisation : Isabelle Stever (Source : IMDb, 2022)
- Scénario : Anna Melikova, Anke Stelling, d’après un roman d’Anke Stelling (Source : IMDb, 2022)
- Interprètes principaux : Sarah Nevada Grether, Emil von Schönfels, Susanne Bredehöft (Source : IMDb, 2022)
- Production : Brave New Work (Source : Cineuropa, 2022)
- Ventes internationales : Reel Suspects (Source : Cineuropa, 2022)
- Pays de production : Allemagne (Source : IMDb, 2022)
- Durée : 1h45 environ (Source : IMDb, 2022)
- Langue originale : allemand (Source : IMDb, 2022)
Critique sur Grand Jeté
Casting et distribution
Parmi les rôles crédités de Grand Jeté figurent Nadja / mother, interprété par Sarah Grether, Mario / son, interprété par Emil von Schönfels et Hanne, interprété par Susanne Bredehöft. Consultez les fiches des personnages, puis l'ensemble de la distribution et de l'équipe technique.










