Les Ouïgours, réalisé en 1977 par Joris Ivens et Marceline Loridan-Ivens, offre une chronique documentaire sur la vie quotidienne des Ouïgours, minorité musulmane turcophone du Xinjiang, à la fin de la Révolution culturelle chinoise. Le film explore les transformations sociales dans cette région frontalière, le long de l'ancienne route de la soie. Tourné en couleur sur 16 mm, il dure environ 30 minutes. (Source : IMDb, 2025 ; Comité du film ethnographique, 2019)
Réalisation et production
Joris Ivens, cinéaste néerlandais né en 1898 et figure du documentaire engagé, coréalise Les Ouïgours avec sa compagne Marceline Loridan-Ivens. Le couple signe également le scénario et le montage est assuré par Suzanne Baron. Produit par CAPI Films en coproduction franco-chinoise, le court-métrage sort en 1977, neuf ans après le début de la Révolution culturelle en Chine. (Source : IMDb, 2025 ; Film-documentaire.fr)
Ce film s'inscrit dans une série de documentaires tournés par Ivens en Chine dans les années 1970, dont Comment Yukong déplaça les montagnes et Les Kazaks, cette dernière réalisée la même année. La production reflète l'intérêt du réalisateur pour les minorités nationales chinoises en pleine mutation sociopolitique. Ivens, connu pour ses œuvres militantes comme Mise en scène du 1er mai dès 1929, oriente ici sa caméra vers les changements post-féodaux au Xinjiang. (Source : Wikipédia, Joris Ivens ; Cinemateca.pt, 2025)
Marceline Loridan-Ivens, survivante d'Auschwitz et militante, apporte une sensibilité particulière aux thèmes de l'oppression et de l'émancipation. Le duo avait déjà collaboré sur des films en Chine, documentant la vie collective sous Mao. Par ailleurs, la durée de 30 à 35 minutes en fait un format court adapté aux projections festivalières et éducatives. (Source : Comité du film ethnographique, 2019 ; MUBI)
Contexte historique
Sorti le 1er avril 1977, Les Ouïgours capture le Xinjiang à un moment pivot : fin de la Révolution culturelle lancée en 1966 par Mao Zedong. La région, vaste comme trois fois la France, abrite huit millions d'Ouïgours, moitié de sa population, aux frontières soviétique et pakistanaise. Kashgar, ville millénaire de la route de la soie, sert de cadre principal, avec sa grande mosquée, lieu de pèlerinage musulman depuis le VIIIe siècle. (Source : YouTube transcription, 2018 ; MUBI)
Le documentaire illustre les réformes post-1949 abolissant le féodalisme : redistribution des terres, émancipation des femmes via des coopératives. Les témoignages paysans évoquent la fin des humiliations patriarcales, où les femmes étaient accusées de stériliser les cultures ou d'empoisonner l'eau. En parallèle, l'industrialisation s'accélère, avec usines textiles employant des minorités. (Source : YouTube transcription, 2018 ; IMDb)
Cette même année, la Chine entame une normalisation après la mort de Mao en 1976. Ivens et Loridan-Ivens, invités par Pékin, filment une collectivité en mouvement, entre traditions nomades et sédentarisation. Le Sinkiang, zone militaire sensible, connaît des tensions séparatistes résiduelles, bien que le film se concentre sur l'unité nationale. (Source : Cinemateque.fr, 2015 ; Film-documentaire.fr)
Contenu et thèmes
Le film débute par des vues aériennes de la Grande Muraille se perdant dans le désert, puis descend à Kashgar. Les séquences montrent des femmes ôtant leur voile devenu foulard, symbole d'émancipation. Des paysans racontent les exactions féodales : charges écrasantes pour les enceintes, propriété des seigneurs. L'éducation collective émerge, avec grands-parents exhortant les enfants à l'étude. (Source : YouTube transcription, 2018 ; Comité du film ethnographique, 2019)
Par ailleurs, des danses ouïgoures et musiques traditionnelles persistent, célébrées à Pékin. L'industrie locale transforme le coton sur place, rompant le monopole colonial. Fêtes paysannes dans des cours d'usines de tracteurs mêlent mime agricole et spectacles pastoraux. Le raisin de Tourfan, séché en silos, s'exporte, signe de prospérité étatique. (Source : YouTube transcription, 2018 ; MUBI)
Quelques années plus tard, le Xinjiang connaîtra des évolutions contrastées, mais en 1977, le récit met l'accent sur l'intégration des minorités via le travail productif. Les Ouïgours, langue turcique et islam, conservent artisanat et folklore au sein de la révolution. Ce portrait évite les conflits frontaliers pour souligner la cohésion sociale. (Source : IMDb ; Cinemateque.fr, 2015)
Réception et diffusion
Noté 7.4/10 sur IMDb par 37 utilisateurs, Les Ouïgours attire un public niche intéressé par le documentaire ethnographique. Projeté à la Cinémathèque française et dans des cycles Ivens, il figure dans des archives comme le Comité du film ethnographique. Disponible en VOD et DVD, une version intégrale circule sur YouTube depuis 2018. (Source : IMDb, 2025 ; Film-documentaire.fr)
Critiques soulignent l'approche observatrice d'Ivens, loin de la propagande pure, avec un "pouvoir curieux et généreux" de la caméra. José Manuel Costa, dans 24 Images (1989), note la fusion du cinéma ivensien avec l'idéologie révolutionnaire, sans épuisement propagandiste. En 2025, Cinemateca portugaise le couple à Les Kazaks dans des rétrospectives. (Source : Cinemateca.pt, 2025 ; Wikipédia)
L'œuvre s'intègre à la filmographie prolifique d'Ivens : palme d'or à Cannes 1958 pour La Seine a rencontré Paris, prix de la paix 1954. Loridan-Ivens y affirme son rôle, préfigurant ses propres films comme La Petite Prairie aux bouleaux. Aujourd'hui, il éclaire le passé du Xinjiang avant les tensions contemporaines. (Source : Wikipédia ; IMDb)
Héritage et filmographie connexe
Les Ouïgours prolonge Comment Yukong déplaça les montagnes (1971-1976), fresque de 13 heures sur la Chine maoïste. Ivens y dépeint déjà les minorités, comme dans Les Kazaks (1977), sur les nomades d'Ili. Ces films, tournés en tandem, documentent la "collectivité en mouvement". (Source : IMDb ; Wikipédia)
- Autres œuvres d'Ivens en Chine : Avant la tempête (1957), Xinjiang, terre de soie.
- Filmographie partielle de Loridan-Ivens : Chronique d'un été (1961, assistante), Les Kazaks.
En contexte culturel, ces documentaires saisissent une Chine en transition, entre féodalisme résiduel et modernité socialiste. Leur neutralité factuelle contraste avec les débats actuels sur le Xinjiang. (Source : MUBI ; Film-documentaire.fr)
Critique sur Les ouigours
Casting et distribution
Découvrez la distribution et l'équipe technique de Les ouigours, ainsi que les talents devant et derrière la caméra qui ont donné vie à ce film.
