Misère au Borinage (1934) documente les conditions de vie précaires des mineurs dans la région du Borinage, en Belgique, un an après la grande grève des charbonnages de 1932. Réalisé par Henri Storck et Joris Ivens, ce film muet de 36 minutes dépeint les expulsions locatives, la faim et la répression policière subies par les ouvriers. Les images alternent entre scènes de misère quotidienne et appels à la solidarité prolétarienne, sans recourir à une narration sonore d'origine. (Source : Wikipédia, 2024 ; IMDb, consulté en 2026)
Contexte historique
La grève générale de juillet à septembre 1932 a paralysé les mines du Borinage, région frontalière de la France, avant de s'étendre à toute la Wallonie. Près de 109 000 mineurs sur 139 000 ont cessé le travail en août, dans un contexte de crise économique aggravée par la Grande Dépression. Le chômage ouvrier est passé de 1% à 20% entre 1930 et 1934, tandis que le pouvoir d'achat baissait de 30%, et les stocks de charbon s'accumulaient en raison d'accords commerciaux défavorables avec l'Allemagne. (Source : Cinémadoc, 2012)
En 1932, 204 mineurs sont morts dans des accidents, les normes de sécurité étant insuffisantes. Les salaires diminuaient, et la réponse patronale incluait des expulsions massives : 148 maisons vidées dans une seule cité ouvrière en 1933, selon une enquête du Secours ouvrier international. Les autorités ont coupé l'eau courante aux grévistes, les forçant à puiser dans des citernes ou caves inondées. Cette même année, l'agitation sociale s'est intensifiée, préfigurant des conflits ultérieurs comme la grève de 1960-1961. (Source : Cinémadoc, 2012 ; Film-documentaire.fr, 1999)
Réalisation et production
Henri Storck, jeune cinéaste belge rentrant de France où il assista Jean Grémillon et Jean Vigo, reçoit la commande du Club de l'Écran à Bruxelles, animé par Denis Marion, André Thirifays et Pierre Vermeylen, militants communistes. Storck contacte Joris Ivens à Paris en août 1933 ; ce dernier, engagé dans un cinéma militant, arrive d'URSS pour le tournage en septembre, achevé en dix jours. Le scénario s'inspire d'une enquête médicale de Paul Hennebert sur les cités ouvrières boraines. (Source : Wikipédia, 2024 ; Cinémadoc, 2012)
La photographie est assurée par Storck et Ivens, le montage par Helen van Dongen. Plusieurs séquences sont mises en scène, comme la saisie d'un huissier contrecarrée par des voisins ou une manifestation fictive derrière un portrait de Karl Marx, dispersée par la gendarmerie qui la prit pour réelle. Ivens vise un style "anti-esthétique", filmant de loin en oblique pour simuler des prises furtives. Le budget limite la sonorisation initiale ; des cartons guident le récit. L'œuvre est qualifiée de propagande communiste par l'historien Axel Tixhon en raison de ses commanditaires et thèmes marxistes. (Source : Cinémadoc, 2012)
Contenu et style
Le film s'ouvre sur un manifeste : "Crise dans le monde capitaliste. Des usines fermées, des millions de prolétaires ont faim !" Il montre des mineurs ramassant du charbon sur les terrils à l'aube, des enfants émaciés, des familles entassées dans des baraquements sans eau potable évoquant des bidonvilles. Des contrastes percutants opposent maisons vides à sans-abri dehors, ou sommes dépensées pour une église pendant la famine. (Source : Film-documentaire.fr, 1999 ; Comité du Film Ethnographique, 2015)
Les intertitres insistent sur la solidarité : femmes bloquant les bureaux des charbonnages, piquets de grève, enterrements ouvriers. Des images d'archives détournées, comme des grévistes renversant du lait, symbolisent les dysfonctionnements capitalistes. Bien que tourné post-grève, un plan sur une tombe récente ancre le propos dans l'actualité. Ce rythme alterné de cartons et plans crée une dénonciation visuelle de l'exploitation. (Source : Cinémadoc, 2012)
Réception initiale
Sorti en mars 1934 en Belgique, le film est présenté par le Club de l'Écran mais rencontre une diffusion limitée. Interdit par la censure ou projeté en privé dans des ciné-clubs, il est boycotté par les socialistes qui le jugent trop misérabiliste et communiste. La presse conservatrice à socialiste reproche sa vision révolutionnaire de la Belgique. Seule la presse communiste le défend ardemment. (Source : Cinémadoc, 2012)
Walter Benjamin le cite en 1936 dans "L'œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique" comme exemple où un passant peut devenir figurant artistique. Ivens réutilise des plans en 1935 dans un film soviétique contrastant misère belge et prospérité prolétarienne. La réception reste nuancée jusqu'aux années 1960. (Source : Wikipédia, 2024)
Héritage et redécouvertes
Sonorisé en 1963 par la Cinémathèque royale de Belgique, reprenant les intertitres en voix-off, le film renaît lors de la grève de 1960-1961, reliant luttes wallonnes passées et présentes. Il intègre des anthologies du cinéma belge et documentaire depuis 1995, lors du centenaire du cinéma. Exposé au Centre Pompidou en 1995 avec photos de tournage, diffusé à la TV belge en 1988 et édité en DVD en 2011. (Source : Cinémadoc, 2012)
- Films connexes : Autour du Borinage (Jean Fonteyne, 1933-1936) ; Les Enfants du Borinage (Patrick Jean, 1999).
- Références : Africultures, Allociné, IMDb, Cinémathèque québécoise.
- Statut : Classique du cinéma politique, patrimoine wallon.
Des études comme celles de Bert Hogenkamp sur ses montages multiples en soulignent la valeur patrimoniale, tout en questionnant son objectivité initiale. (Source : Wikipédia, 2024)
Critique sur Misère au Borinage
Casting et distribution
Découvrez la distribution et l'équipe technique de Misère au Borinage, ainsi que les talents devant et derrière la caméra qui ont donné vie à ce film.

