On pensait le filon tari depuis le film parodique cramé au soleil avec The Rock. Un énième massacre sur l’autel de la nostalgie semblait inévitable quand la Fox a lâché le morceau d’un reboot d’Alerte à Malibu pour 2026. Mais contre toute attente, les producteurs ont eu l’intelligence d’éviter le bête copié-collé. Oubliez le recasting hasardeux de Mitch Buchannon façon deepfake gênant. Le flambeau, ou plutôt la bouée de sauvetage écarlate, passe directement dans les mains de la chair de sa chair. Et c’est un acteur avec de sacrées épaules qui va devoir courir au ralenti sur le sable californien.
Le sauvetage en trois points vitaux
- Le nouveau boss : Stephen Amell (Arrow) chausse les tongs de Hobie Buchannon, le fils de Mitch, dorénavant grand manitou de l’équipe de sauvetage.
- La pilule amère : Hobie doit gérer un passé qu’il ignorait avec le débarquement de Charlie, sa propre fille, qui veut curieusement se la jouer sauveteuse aussi.
- Les vétérans appelés à la barre : David Chokachi sort de sa retraite pour rendosser le rôle de Cody Madison, reconverti en patron de boui-boui sur la plage (mais jamais très loin des embrouilles).
- Aux commandes : Matt Nix (Burn Notice) gère la barque en tant que showrunner de ce reboot prévu sur 12 épisodes.
Un choix de casting qui claque comme une gifle salée
Stephen Amell. Il fallait oser. Le mec sort de huit années à décocher des flèches dans la nuit moite de Star City, avec cette mâchoire carrée et cette propension naturelle à jouer les martyrs torturés. Le voir balancer tout son spleen grimpeur d’échelles pour atterrir sur une plage ensoleillée de Los Angeles relève du génie de casting. Amell, c’est l’assurance d’une présence physique brute, largement capable d’assumer le poids symbolique du nom Buchannon. Il a la patine des flics usés et l’ironie crasse des mecs qui ont tout vu. Un cocktail parfait pour dépoussiérer une franchise qui sentait un peu trop l’huile solaire de basse qualité.
L’ombre de The Hoff plane sur le sable
Évidemment, la question brûle toutes les lèvres à Venice Beach. Où est David Hasselhoff ? Les créateurs originaux, tous impliqués dans le bousin (Michael Berk, Doug Schwartz et Gregory J. Bonann), gardent jalousement le silence sur un potentiel caméo du roi de la plage. Mais la filiation scénaristique est lourde de sens. En s’ancrant sur Hobie, la série transforme Mitch Buchannon en figure quasi mythologique. Un fantôme de sauveteur parfait auquel le fils prodigue va forcément devoir se comparer. Et ça, c’est un ressort dramatique infiniment plus excitant que de voir un acteur de cinquante balais essayer de rentrer au forceps dans le maillot de l’original.

Moins de plastique, plus de sel dans les plaies
Matt Nix n’est pas tombé de la dernière planche de surf. Avec ce showrunner aux manettes, on peut raisonnablement parier sur une vraie cure de testostérone nerveuse pour le script. Fini de filmer uniquement des poitrines fendant l’air chaud de la côte Ouest. Le scénario a besoin de viande autour de l’os. Et l’introduction du personnage de Charlie, la fille sortie du chapeau magique des erreurs de jeunesse d’Hobie, apporte immédiatement son lot de tensions palpables. On flirte dangereusement avec le drame familial dysfonctionnel, déguisé sous des couches de crème indice cinquante.
| L’ancienne école (Années 90) | Le tir de barrage actuel (2026) |
|---|---|
| L’hypersexualisation frontale et assumée des équipes, caméra collée aux acteurs. | Des personnages physiquement dominants mais cassés de l’intérieur, axés sur le trauma. |
| Un Mitch Buchannon ultra-paternaliste, invincible sauveur de la baie. | Un Hobie Buchannon blindé de défauts, rattrapé par une paternité non désirée. |
| Des menaces hebdomadaires assez lunaires (pieuvres géantes, sectes sur la plage). | Une écriture signée Matt Nix, qui favorise sûrement l’action pure et le polar urbain côtier. |
Un ancien revient éponger la nostalgie
Et pour ne pas totalement larguer les puristes au milieu de l’océan, la production lâche une petite bouée réconfortante. Le retour confirmissime de David Chokachi dans la peau de Cody Madison. Sauf que le type ne fait plus le guignol sur une tour de guet. Il gère un bar-grill crasseux ironiquement baptisé « The Shoreline ». Une trouvaille géniale. Placer l’ancienne gloire derrière un comptoir de bar pour essuyer des verres tout en matant la nouvelle génération se casser les dents dans les vagues, c’est d’un cynisme parfait. Ce vieux loup de mer sera logiquement le meilleur baromètre pour juger si ce foutu reboot coule à pic ou parvient (miraculeusement) à fendre la houle.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



